Psychiatry in graphical art

L’exposition «Aloïse Corbaz. La folie papivore» au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, 22. 10. 2021 – 23. 1. 2022

DOI: https://doi.org/10.4414/SANP.2021.w10046
Publication Date: 01.11.2021
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2021;172:w10046

Andreas Steck

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Figure emblématique de l’art brut, Aloïse Corbaz (1886–1964) est à l’honneur d’une nouvelle exposition au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. Une cinquantaine de dessins de l’artiste vaudoise est montrée, comprenant aussi huit cahiers illustrés que le musée vient d’acquérir. Catherine Lepdor, la commissaire de l’exposition, a sélectionné une série de dessins représentant le monde d'Aloïse très féminisé, avec une sexualité exagérée, comme on peut le trouver dans les œuvres de Klimt.

Rappelons qu’Aloïse a été hospitalisée à l’âge de 32 ans à l’hôpital psychiatrique de Cery pour des épisodes psychotiques s’inscrivant dans le cadre d’une schizophrénie, restant internée jusqu’à son décès. C’est en milieu psychiatrique que commence une production fleuve – comprenant aussi bien des écrits que des dessins – se poursuivant jusqu’à sa mort. Adaptée à la routine quotidienne de l'hôpital, Aloïse mène une vie retirée et, de façon autiste, commence à dessiner et à écrire des réminiscences poétiques avec des mots stéréotypés sur des bouts de papier. Peu à peu, on lui confie un travail régulier, comme la couture et le repassage, et parallèlement sa production picturale se développe et devient une passion, soutenue par une formidable compulsion intérieure. Reconnaissant son immense talent, son psychiatre, le professeur Hans Steck, soutiendra son activité créatrice. L’œuvre d'Aloïse est prodigieuse, étant très généreuse, elle donne souvent ses tableaux dès qu'elle les a réalisés. C'était comme si elle voulait se libérer pour créer quelque chose de nouveau.

L’exposition montre ses premiers dessins, réalisés au crayon noir et datant de 1919 – un an après son hospitalisation – de facture rigide et statique, mais d'une grande qualité calligraphique. Sa réalisation méticuleuse et achevée indiquait déjà une grande habileté et un talent de dessinatrice. Par la suite – ayant reçu des crayons de couleur et du papier, elle s'est plongée dans une ferveur artistique. Elle travaillait vite, mélangeant souvent la couleur de son crayon avec sa salive.

En considérant son travail dans son ensemble, il est clair que l'un des thèmes principaux de sa création artistique et au centre de ses pensées et de ses sentiments, est l'amour, en particulier le jeu infini des couples enlacés. La façon dont Aloïse dresse le portrait des femmes est particulièrement frappante, les présentant comme la grande dame, la séductrice. Les robes décolletées, richement ornementées, laissant apparaître des seins proéminents, qui se transforment en roses rouges, les organes génitaux, qui sont dessinés comme des camélias et le ventre, représenté comme une corbeille de fruits ou un nid d'oiseau, contenant des œufs, témoignent de son imagination débridée.

Les yeux sont un trait spécifique des visages dessinés par Aloïse. Ils sont généralement cachés derrière une couverture bleue, donnant une illusion théâtrale semblable à un masque. Ceci est en accord avec la représentativité dramatique de la beauté idéalisée des couples magnifiquement habillés. Ces yeux cachés, que le spectateur ne peut pas observer, donnent aux personnages un sentiment et un sens d'étrangeté.

Dans les œuvres sélectionnées, on retient l’iconographie du baiser (fig. 1) mettant la femme et l’homme sur un pied d’égalité. D’autres tableaux sont dominés par la thématique de l’enlacement des corps. Le catalogue de l’exposition [1] souligne le rôle précurseur d’Aloise dans l’illustration du corps de la femme et des élans amoureux. Elle s’inscrit comme artiste novatrice dans une époque marquée par l’émergence du féminisme.

Aloïse a eu la chance dans son malheur d'avoir été protégée et soutenue dans sa démarche artistique, contrairement à Camille Claudel qui a été internée dans un hôpital psychiatrique et y est décédé sans jamais reprendre son travail de sculptrice. Aloïse est aujourd'hui considérée comme l'une des plus célèbres peintres d'art brut. Son œuvre, qui s'étend sur plus de quarante ans, a été exposée partout dans le monde, et a fait l'objet de plusieurs essais, livres et analyses [2, 3].

Figure 1:

Aloïse Corbaz

Under the misselstöe, entre 1924 et 1941. Mine de plomb, crayons de couleur sur papier ligné, 9 x 11,5 cm. 

Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Succession Aloïse Corbaz, 1966; © Association Aloïse.

Correspondence

Prof. em. Dr. med. Andreas Steck

Ch. de la Crausaz 19

CH-1066 Epalinges

andreas.steck[at]usb.ch

1 Lepdor C: Aloise Corbaz. La folie papivore. Lausanne: Musée cantonal des Beaux-Arts; 2021.

2. Porret-Forel J. Aloïse et le Théatre de l’Univers. Genève: Skira; 1993.

3. Steck A, Steck B. Creativity and Art. Lausanne: EPFL Press; 2021.

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