Film analysis

Les troubles dépressifs dans le film Harold and Maude

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2019.03009
Publication Date: 15.02.2019
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2019;170:w03009

Intisar Osman, Katalina Cock Lara, Daniele Zullino, Gerard Calzada

Faculté de medicine, Université de Genève, Suisse

Cette comédie dramatique n’est pas le meilleur support d’apprentissage de la psychopathologie du trouble dépressif, parce qu’il n’illustre pas beaucoup de ses symptômes. Mais il a le mérite d’apporter un point de vue unique sur la dépression, particulièrement l’absence d’émotion dont peut souffrir la personne dépressive.

Harold and Maude (1971)

Written by Colin Higgins. Music by Cat Stevens. Directed by Al Hashby.

Harold, un riche jeune homme de vingt ans, est obsédé par la mort et passe son temps à mettre en scène de fausses tentatives de suicide afin d’attirer l’attention d’une mère superficielle et contrôlante. Il rencontre Maude, une femme excentrique et pleine de vie, qui va bientôt fêter son quatre-vingtième anniversaire. Cette dernière lui apprendra à goûter à la vie et à s’amuser. Les deux protagonistes vivront une histoire d’amour pour le moins non conventionnelle, en bousculant des institutions rigides telles que la police, l’église et l’armée.

Cette comédie dramatique (fig. 1), réalisée en 1971, bouleverse les conventions sociales de l’époque et prône une liberté et un anticonformisme, qui lui vaut d’être tout d’abord mal reçue par les critiques et le public. Pourtant, grâce à la jeunesse de l’époque qui chérit ces valeurs, il se fait petit à petit une place dans le cinéma américain, jusqu’à devenir un film culte.

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Figure 1

Capture d’écran de la bande-annonce officielle du film.

Le personnage de Harold correspond au diagnostic de trouble dépressif du DSM-V. Il est apathique, n’a ni d’occupation normale pour un garçon de vingt ans, ni amis en dehors de Maude, il reste passif face à son avenir et n’éprouve d’intérêt que pour des activités morbides. Mais le diagnostic de la dépression n’est pas pour autant flagrant, et Harold pourrait aussi souffrir d’un trouble de la personnalité.

Le spectateur est touché par le mal-être de ce garçon bizarre, drôle et attendrissant. Cependant, quelques points empêchent d’appréhender des aspects de la maladie. Par exemple, les gestes suicidaires, mis en scène de façon théâtrale et comique, dédramatisent le sujet, mais se trouvent banalisés et paraissent n’avoir pour unique but que d’attirer l’attention. De plus, Harold ne semble pas vouloir aller mieux et est dépendant d’un événement extérieur, ici la rencontre avec Maude, pour amorcer sa rémission.

Il est difficile de ne pas inculper la mère de Harold pour les troubles dont il souffre. Cette dernière est contrôlante, méprisante, dénuée de sensibilité maternelle et s’intéresse bien plus à sa réputation qu’au bien-être de son fils. Cependant, à côté de cette mère «toxique» qui empêche le bon développement de son enfant, on peut se demander si l’absence du père n’est pas également à l’origine du trouble de Harold. En effet, la relation entre Harold et Maude laisse volontiers penser que le complexe d’Oedipe du jeune garçon n’a pas pu être résolu naturellement comme il aurait dû l’être avec un père présent. Un père présent, jouant son rôle éducatif, aurait pu contrebalancer l’influence de la mère, et aider Harold à s’opposer à elle.

Le système de santé est représenté par les soins ambulatoires, qui sont une des manières de suivre régulièrement les patients atteints de dépression. Ce parti pris du réalisateur s’éloigne du cliché qui veut que les patients psychiatriques aient toujours besoin d’être hospitalisés. Cependant, le seul soignant, le psychanalyste de Harold, est décrit de façon caricaturale. Son inefficacité est accentuée par le personnage de Maude, qui prend le rôle de soignante en créant une relation de confiance avec Harold et en lui insufflant un regain de vie. Cette vision peu élogieuse des soignants n’est pas ciblée sur le système de santé, mais plutôt sur les institutions strictes qui entourent Harold, incluant également l’armée et l’Église.

Ce film n’est pas le meilleur support d’apprentissage de la psychopathologie du trouble dépressif, parce qu’il n’illustre pas beaucoup de ses symptômes, mais il a le mérite d’apporter un point de vue unique sur la dépression. Il met un accent particulier à l’absence d’émotion dont peut souffrir la personne dépressive. Cela s’oppose à la profonde tristesse qui est plus communément associée à cette pathologie. Il se centre également sur Harold en tant que personne, ne le réduisant ainsi pas à sa condition de dépressif. Bien qu’il ne mette pas de «happy end» en scène, le film présente une certaine légèreté qui peut lui être reprochée. Pourtant, c’est aussi une de ses forces, puisque cela permet de dédramatiser des thèmes intimidants et de les rendre accessibles au grand public, en plus de donner une vision optimiste au spectateur.

Vous trouverez une analyse approfondie du film et la bande annonce sur le site internet des «Swiss Archives of Neurology, Psychiatry and Psychotherapy»:https://sanp.ch/online-only-content.

Correspondence

Dr. méd. Gerard Calzada, HUG – Hôpitaux Universitaires de Genève, Rue Grand Pré 70C, CH-1202 Genève, Gerard.Calzada[at]hcuge.ch

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