Editorial

Élargir la perspective sur le bien-être des soignants

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2020.03089
Publication Date: 28.01.2020
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2020;171:w03089

Conus Philippe

Ce numéro de SANP est une bonne illustration du double périmètre neurologique et psychiatrique qui est le sien. On y trouve ainsi un cas clinique et un article de fond issu de chacun de ces deux domaines de la médecine. Le Professeur Fombonne d’Oregon University fait une mise au point bienvenue à l’égard des controverses relatives à l’épidémiologie des troubles du spectre autistique; s’il confirme l’augmentation de leur prévalence, il explique qu’elle est probablement en grande partie liée à des questions de méthodologie et de meilleure détection, et que si l’âge paternel élevé et l’exposition prénatale à l’acide valproïque sont des facteurs de risque établis, le rôle supposé et largement médiatisé des vaccins au cours de 20 dernières années est maintenant clairement écarté. Le Professeur Joos, médecin responsable de l’unité de Neurologie psychothérapeutique de l’Université de Freiburg, aborde quant à lui la problématique des troubles neurologiques fonctionnels et de l’importance dans de telles situations de prendre en compte aussi bien les facteurs de stress que l’exposition antérieur à des traumatismes graves ou des négligences dans l’enfance. Le traitement de tels troubles nécessite en effet une anamnèse biopsychosociale détaillée de manière à prendre en compte tous les déterminants de la situation dans le traitement dont l’efficacité est d’autant meilleure que la prise en charge est précoce.

Dans une interview publiée dans ce même numéro, Undine Lang, professeure de psychiatrie et de psychothérapie à l'université de Bâle et directrice de la clinique pour adultes et de la clinique privée des cliniques psychiatriques universitaires de Bâle, décrit les diverses démarches mises en place dans son service pour améliorer la qualité des soins et la satisfaction des patients. La pratique de la psychiatrie s’est en effet enrichie au fil des ans; les approches se diversifient et elles s’adaptent aux besoins des patients ainsi qu’aux changements sociétaux. On est ainsi passé en quelques décennies d’une psychiatrie asilaire et «paternaliste» à une psychiatrie plus ouverte et partenariale, dans le contexte de laquelle les soignants collaborent avec les patients, et souvent leurs proches, pour définir un plan de soin et ses objectifs. Dans cette interview, la Prof Lang mentionne plusieurs améliorations récemment implantées à Bâle, parmi lesquelles un élargissement des offres psychothérapeutiques et l’ouverture des portes de l’hôpital.

Il est intéressant de voir qu’elle y aborde non seulement des questions relatives au traitement des patients, mais également l’importance de se préoccuper du bien-être des soignants; dans un foisonnement de projets dont certains sont déjà en place et d’autres en voie d’implantation, elle aborde souvent, et parfois dans la même phrase, patients et soignants, illustrant par là ce qu’est devenu l’hôpital psychiatrique contemporain: un milieu de partenariat où les barrières s’effacent progressivement, où les soignants trouvent des pistes en s’appuyant sur le savoir des patients, dans une stratégie de co-construction visant le rétablissement et la réintégration dans la société.

Mais rien n’est simple et la disparition progressive de la distance ou des rapports autoritaires entre soignants et patients n’élimine pas la détresse, la complexité et parfois la violence des situations que ces derniers ont vécues, ni la charge émotionnelle à laquelle les soignants sont confrontées dans le cadre de leur travail. A cela s’ajoutent des tâches administratives en quantité croissante qui les éloignent du contact avec les patients alors que c’est justement ce pourquoi ils ont choisi ce métier. Dans ce monde accéléré où les séjours se raccourcissent et les exigences de qualité et de documentation augmentent, le risque est grand d’une perte de sens et de l’émergence d’un sentiment d’épuisement: il est donc effectivement de la première importance de se préoccuper du bien-être de ceux qui travaillent en psychiatrie, que ce soit en augmentant la qualité de leurs conditions de travail ou en défendant les espaces de supervision et de discussion de cas qui les nourrissent et les aident à redonner du sens. Si l’on veut garantir des soins de qualité pour nos patients, il est ainsi primordial de bien s’occuper des soignants.

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