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Renaissance

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2020.03141
Publication Date: 02.10.2020
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2020;171:w03141

Savez-vous ce que signifie être perdu?

Ne plus savoir qui nous étions, ne plus savoir qui nous serrons, ne plus savoir qui nous sommes.

Voilà ce que signifie être perdu. Perdu dans le monde, perdu dans son esprit. Pouvez-vous imaginer l’effet que cela produit sur votre petit corps, l’impression que tout tombe en ruine?

Vous avez l’impression de ne pas exister.

L’inexistence ... ‒ quel mot terrible, n’est-ce pas?! Comment puis-je l’utiliser? Ce mot destructeur et puissamment contradictoire.

Comment oserais-je l’écrire?

Vous ne savez pas à quel point ce mot rend justice à vos sentiment d’humain perdu. Un mot adéquat. Vous vous croyez inexistant.

Certains l’appellent «la dépression», d’autres la nomme «folie», je leur dis: «destruction». La première fois qu’elle vient, le moment où elle rentre dans votre tête, c’est le jour où vous vous posez des questions. Des questions sans réponses. Là, vous cessez d’avancer. Les journées défilent comme des secondes, les mois comme des jours, les années comme des larmes d’eau tombant au sol en un instant. Rien, pas une joie, pas un sourire, pas une vie.

Vous tombez dans un précipice sombre et infini. Les gens refusent de vous aider, de peur de tomber avec vous. Les gens savent. La dépression est une maladie, une maladie psychologique, une blessure de l’esprit. Vous êtes malade. On n’approche pas les malades. Mais les gens sont adultes, ils ont appris cela, ils ont la connaissance.

Et les enfants ? Eux n’ont rien appris, rien su, ont la connaissance d’un petit d’homme. Mais la connaissance d’un petit n’est- elle pas plus grande que celle d’un adulte? Ils savent des choses que beaucoup d’adultes ont oubliées. Ils savent ce qu’est de vivre sans travail, sans quotidien, sans programme. Pour eux, la vie ne sert qu’à être heureux, qu’à s’amuser. Alors, la seule personne qui vous retient à la surface, la seule qui est d’accord de tomber avec vous pour vous sauver, la seule qui ne vous croit pas perdu, c’est votre enfant. C’est lui qui vous aidera. Lui qui ne peut porter de grandes choses lourdes, vous prendra sur son dos pour courir vers la sortie de cette folie. Vous tombez, il tombera avec vous.

Mais lui a encore une raison d’être contrairement à vous. Il sait. Il fera tout pour remonter avec vous. Il veut vous sauver. Il se blessera, il tombera, il se relèvera, il retombera. Mais il continuera, il vous portera encore et encore. Lui n’a pas oublié d’exister, il se souvient qu’il vous aime. Il n’est pas un adulte, il est enfant. Enfant devenant assez fort pour vous sauver parce qu’il vous aime.

Et puis un jour, rayonnant comme jamais, votre enfant agrippe une touffe d’herbe et vous hisse hors du précipice. Soudain, vous vous souvenez. Vous savez qui vous étiez, qui vous serez, qui vous êtes. Alors vous vous relever une dernière fois car vous ne retomberez plus. Et cette fois, en voyant votre enfant épuisé, épuisé de vous avoir tirer, vous savez. Vous le portez et vous vous mettez à courir, courir pour rattraper le temps perdu. Courir pour vous sentir fort, pour vous souvenir que vous êtes sortis.

Et maintenant, vous existez. Maintenant, vous pouvez être heureux, rire, voir la vie.

Cette enfant qui s’est accrochée à sa mère, c’est moi. Croyez moi, personne ne peut prétendre connaitre ma mère mieux que moi. Je l’ai vu se détruire, je l’ai vu tomber, je l’ai vu pleurer. Mais je ne suis pas adulte, je suis enfant. Voilà mon pouvoir. Les adultes ont eu peur de l’aider, ont eu peur de tomber. Je ne pense pas comme un adulte. Je pense comme une enfant. Je n’ai pas eu peur de l’aider, je n’ai pas eu peur de tomber. On dit que les enfants font tout pour avoir ce qu’ils veulent: un jouet, un Doudou, un caprice. Moi, je voulais ma mère. Je suis une enfant, je fais tout pour avoir ce que je veux. Alors j’ai sauvé ma mère.

À présent, ma mère n’a plus besoin d’être portée. Elle est libre, heureuse et forte. Je le sais, je suis sa fille. Je la connais mieux que quiconque. Une chose est différente entre elle et vous, elle est tombée, elle sait donc comment ne pas chuter. Je vous l’ai dit, vous appelez dépression ce que je nomme destruction. Tel un phoenix, ma mère est renée de ses cendres.

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