Book review

Jean-Paul Matot: Le Soi disséminé. Une perspective écosystémique et métapsychologique

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2021.03148
Publication Date: 07.02.2021
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2021;172:w03148

Daniele Zullino

Please find the affiliations for this article in the PDF.

Paris: L'Harmattan; 2020.

Collection: Études Psychanalytiques.

146 pages.

Prix: 13.00 EUR.

ISBN: 978-2-343-20303-4.

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Abbildung 1

Buchcover

Il existe incontestablement de nombreuses raisons à lire des textes psychanalytiques. Selon Bernard Golse, auteur de la préface du petit livre Le soi disséminé, «nombre d’écrits psychanalytiques actuels […] ont plus souvent une fonction de réassurance identitaire […] qu’ils n’ont une véritable créativité conceptuelle». Cet ouvrage, écrit par Jean-Paul Matot, pédopsychiatre et membre de la société belge de psychanalyse, est, et là on doit donner raison à Bernard Golse, un autre type de texte. Un texte propre à enrichir, au-delà des frontières d'écoles psychothérapeutiques, la conceptualisation de ce qui constitue une psyché. Il pourrait donc intéresser aussi des collègues qui ne sont pas ou plus d’orientation analytique.

L’auteur part du constat qu’il existe une tradition occidentale de la séparation conceptuelle sujet/objet, elle-même constitutive de ce qu’on peut désigner comme une «ontologie naturaliste», ontologie par ailleurs à la base de ce qu’il appelle l’illusion d’une existence «autonome» du Moi. Partant entre autres d’écrits de Jean-Claude Ameisen («L’idée même de fonction est indissociable de la notion de contexte») l’auteur conteste cette conception d’une unique est stable «enveloppe» et propose le concept de Soi disséminé, un Soi qui fonctionne avec une pluralité d’enveloppes. Il propose entre autres l’enveloppe de l’humain, des enveloppes groupales, technologiques, institutionnelles etc. L’environnement ainsi rationalisé n’est plus un dehors, un autre. La notion de Soi disséminé s’opposerait ainsi «à toute localisation du psychisme» et on passerait avec ceci du concept freudien du Moi vers un Moi-Environnement, vers un système corps-environnement, dont les deux termes sont indissociables.

Alors que Jean-Paul Matot tente d'échapper ainsi à ce qu’il désigne comme ontologie naturaliste de la psychanalyse, il succombe cependant, pendant environ la moitié du livre, à la tentation de soutenir sa thèse en prenant appui sur la littérature psychanalytique «traditionnelle». Ce livre, qui promettait une prise de position novatrice, presque subversive contestataire, devient ainsi malheureusement vers la fin tout de même un texte «de réassurance identitaire». L'une des raisons majeures qui peuvent décourager des non-analystes de se lancer dans la lecture de textes analytiques est souvent l’usage d’un argot cryptique peu accessible aux «non-initiés». Ce jargonnage caractérise malheureusement des longs passages de l’ouvrage dans la seconde moitié du livre. Ceci, en combinaison avec des digressions dans la littérature psychanalytique qui n’apportent guère d’arguments supplémentaires, et peuvent ainsi apparaître comme un simple essai forcé de souligner l’érudition de l’auteur, risquent de conduire à l'abandon rapide de la lecture d’un livre qui mérite mieux.

On peut ainsi retenir l’impression d’un texte qui ose participer à une pensée divergente novatrice (et non seulement pour le domaine de la psychanalyse), qui ose s’affranchir du corset théorique analytique «traditionnel», sans tout de même «s’éloigner trop du nid». Si ce livre invite donc tout clinicien à une parfois surprenante réflexion, il risque d’en perdre certains en cours de route. A Jean-Paul Matot de les reconquérir avec son prochain livre.

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