First person account

Une seconde chance: vie d’un schizophrène

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2021.03214
Publication Date: 28.07.2021
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2021;172:w03214

Kenneth Alexander Whittle1

Please find the affiliations for this article in the PDF.

Mon nom est Alex. Comme le héros dans «Clockwork Orange». Je ne suis pourtant pas un méchant bougre. Je suis même plutôt «gentil». En vérité, mon seul «délit» est de m’être mis à fumer du THC vers l’âge de 17 ans. J’en fume toujours. J’avais un groupe de musique à l’époque, P.H. et moi en étaient les principaux fondateurs. Ça allait plutôt bien et même très bien je dirais. Jusqu’à ce que nous consultions une «voyante». Et là ce fut le «clash». Ce qu’elle a prédit est de peu d’importance. Si ce n’est que ce n’était pas très bon pour moi. Et que ça m’a beaucoup affecté par la suite. J’ai alors consulté pas mal de psychiatres. Sans en connaître la vraie raison. Et c’est surtout à ce moment là que je commençais à prendre des médicaments. Ce qui n’était pas très compatible avec la «fumette». Plus tard je fus diagnostiqué «schizophrène paranoïde». Ma famille avait de la peine à comprendre mon «mal». Et, à la maison, cela devenait insupportable pour eux. Donc, par la force des choses, je fus hospitalisé et j’interrompis mes études. Le reste de l’histoire, découle directement de ces événements. Ce n’est que vers l’âge de 42-44 ans que les choses ont repris un semblant de «normalité». Le plus difficile a été de me reconstruire des habitudes. Qui devaient ressembler plus ou moins à celles que j’avais cultivées pendant mes dix-sept premières années. Pendant toute la période de la Maladie, j’avais des rêves assez complexes. Et je dois le dire avec le recul, que la période du groupe m’obsédait réellement. Cela a toujours été un échec difficile à encaisser. Et ça m’a obsédé pendant environ 25 ans. J’ai fait, en parallèle, des études d’astrologie. Le plus difficile, comme j’ai dit, a été de me reconstruire des habitudes. Pour ça, les foyers ont été d’une grande aide. Malgré le fait que je continuais à fumer du THC, sans ne jamais passer plus loin. Je fumais en cachette et, je dois le dire, cela me mettait souvent dans des situations compliquées. Je n’en avais pas conscience, mais le fait de m’isoler créait en moi une satisfaction grandissante. J’étais plutôt stable, mais je passais d’échec à réussite en un temps record. Et puis, il y a eu V.F., vers l’âge de 39 ans. En vérité, j’étais resté sans relation avec le sexe opposé pendant près de 22 ans, après une rupture à Paris avec mon ex de l’époque du gymnase. Cela m’avait énormément affecté. Ceci correspondant avec mon échec du gymnase et du groupe de musique. J’ai rencontré V.F. chez un ami commun, que j’avais connu au début de mon séjour à Lausanne. Donc, ce fut une relation intense entre V.F. et moi. Qui c’est malheureusement terminée abruptement, le soir du 10 septembre 2016. Au moment où tout allait bien, nous avions fait un fabuleux voyage en Écosse, et ce soir là, je suis allé chez elle et sur un coup de tête, que j’ai encore de la difficulté à expliquer, je lui ai dit: «c’est fini». Le choc fut à la hauteur de ma désillusion. C’est pourquoi, je me remis à fumer du THC, que j’avais arrêté pendant une longue période. Et je partais dans une dépression qui m’amena, par la suite, à l’hôpital psychiatrique de Prangins, où j’avais été interné pour la première fois.

Alors pourquoi le titre «Une seconde chance»? Parce que l’échec du gymnase puis de la seconde rupture, ont été de tels chocs, qu’il a fallu une force colossal pour m’en relever. Et qu’à chaque désillusion, il y a avait toujours une «Rétribution». Et que ma bonne étoile ne m’a jamais quitté, même dans les moments de détresse les plus profonds.

Pendant toute la période de la Maladie, je suivais une psychothérapie. Plutôt par obligation que par nécessité. Comme je l’ai mentionné avant, j’étais très souvent accaparé dans une espèce de «Grande Confusion» ou «Subjectivité». Même pendant la période de mon premier foyer, où je faisais le gymnase du soir, j’avais beaucoup de difficulté à entretenir des rapports simple avec le gens. Ce qui avait tendance à me mettre soit dans une position d’infériorité, soit dans une position de supériorité vis-à-vis des autres. Ce qui peut être une source de «Bipolarité». Donc me voilà, à 44 ans, en face d’un ordinateur, dans les ateliers de réhabilitation de Cery à l’atelier multimédia, à écrire ma biographie pour un concours. J’ai fait pas mal de chemin pour en arriver là. Je suis passé par des moments de désespoir total à des moments de joie complète. Sur mon parcours, j’ai fait de nombreuses formations. J’ai d’abord travaillé chez IMD en tant qu’auxiliaire de bibliothèque, pendant environ un an et demi, travail qui m’avais été trouvé par mon père. Je le quittais de nouveau sur un coup de tête. Puis il y eu plusieurs tentatives pour rejoindre l’université. Sans succès. J’ai fait plusieurs ateliers protégés, passant de l’un à l’autre, de façon un peu éparse. Et puis il y eu «L’école de cinéma» à l’âge de 33 ans. Ce fut une très belle expérience. À cette époque, mes symptômes avaient pratiquement disparus. Bien que je prenais encore des médicaments. À l’école personne ne remarquait mon disfonctionnement. Ni le fait que j’étais à l’AI (Assurance Invalidité) depuis environ 1998. À l’époque, j’étais sous curatelle parentale. Puis en 2017, après la seconde rupture, je passais à une curatelle de portée générale, gérée par le SCTP à Lausanne. Donc, j’obtenais mon diplôme en 2012. Et puis il y avait le Foyer. J’ai séjourné pendant environ 13 ans dans un appartement protégé au Chemin de Bonne-Espérance 39 à Lausanne. Appartement d’environ une pièce. Au Foyer, j’ai fait la connaissance d’un certain J.L. Qui a joué un grand rôle dans ma vie. Il était beaucoup plus âgé que moi. Et, je dois le dire, au début je le raillais pour ses croyances. Mais petit-à-petit, je me pliais à son «enseignement». Et je devins par la suite croyant non-pratiquant. Pendant tout mon séjour en Foyer, il était là. Il y avait aussi le GRAAP, qui est un lieu pour les malades psychiques au centre de Lausanne. J’y ai travaillé comme réceptionniste, puis comme travailleur AI à l’état civil du canton de Vaud, et puis comme animateur pendant environ 4 ans. Et, donc, j’en arrive à la fin de mon périple en 2019, à l’âge de 42 ans, où je quittais mon premier foyer pour un appartement protégé de l’institution de «L’Échappée». Ce fût à l’avenue de Morges à Lausanne. Après deux années un peu difficiles, dans un tout petit HLM. Je déménageais toujours dans le même immeuble, où se trouve les bureaux de «L’Échappée», mais dans un appartement plus grand de 3,5 pièces pour une collocation. J’ai encore travaillé pour un réalisateur-producteur entre 2016 et 2020, où je faisais des indexations d’interviews à domicile pour le compte du HRC à Rennaz.

Donc, Alexandre DeLarge est-il guéri ou pas à la fin de «Clockwork Orange», et cette «cure miracle» a-t-elle eu une bonne influence sur l’évolution du personnage principal? - La question peut être posée autrement: peut-on faire du bon vin avec du mauvais raisin ou du mauvais vin avec du bon raisin? – La réponse est: Oui, mais non sans difficultés.

Mais le but, quand même, c’est que l’Arbre porte, tôt ou tard, ses Fruits, n’est-ce pas? Dans mon exemple, ça a été le Cas. Ou ce le sera. Mais à un âge tardif.

J’ai un frère jumeau. Faux. C’est à dire hétérozygote. Donc que nous n’avons pas le même code génétique. La vie avec lui ne fut pas si simple. Tout d’abord parce que le fait de me sentir «double» créait en moi un malaise et que je voulais absolument m’affirmer en tant qu’individualité. C’est à dire me démarquer de lui et avoir ma propre vie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ma mère nous a mis dans une école différente étant petit. Mais avec le recul je peux dire que cette relation m’a profondément marquée et surtout dans les temps de solitude. Au moment de ma première décompensation, nous fumions TOUS du cannabis. Mais mes réactions étaient des plus étranges. Tout d’abord je m’isolais au point de ne plus communiquer avec les autres. Et puis je me créais un monde de rêve basé notamment sur mes lectures, je lisais les poètes surréalistes, et puis sur la Bible. Et particulièrement l’Apocalypse de Saint-Jean. Cette période m’a à ce point marqué que j’en ai aujourd’hui encore des traces du fait que j’ai élaboré une «Théorie» basée sur ce même texte. Aussitôt que j’intégrais le gymnase, je fit la rencontre de J.F., notre relation dura neuf mois. C’était à l’époque où je commençais à prendre des médicaments. C’est un peu une combinaison des trois, avec le cannabis, qui ont fait que j’ai complètement perdu pieds avec la réalité à cette période de ma vie. Donc je me retrouvais enfermé dans une salle d’isolement avec juste de quoi me vêtir. Pendant une semaine. À ce moment là, j’avais des visions. Je voyais des flammes dans ma chambre et des espèces de «petits bons hommes» qui couraient à la surface du sol. C’est pourquoi ils m’ont gardé à l’hôpital. Dès l’instant ou je n’avais plus un «Avenir» à ma portée je devais, avec l’aide des soignants, de ma famille et de mes amis, reconstruire ma vie. Et me voilà, à 44 ans, c’est à dire 25 ans plus tard, avec la même obsession de racheter mon passé et de me «refaire» une situation.

J’aimerai encore parler de mes rêves. Ceux de la nuit. En réalité, ils ne m’ont pas quitté depuis 1995 où j’arrêtai le gymnase. Je les notais même. Dans un petit cahier noir où j’avais écrit mes poèmes ainsi que mes notes d’astrologie. Au début, mes amis du groupe de musique me raillaient parce que le cahier était encore vide, c’est à dire avec les pages blanches, longtemps après que je l’aie acheté. Je l’ai quand même rempli, mais sur une période d’environ deux ans. Donc mes rêves étaient très fertiles et même assez complexes comme tous les rêves. Je rêvais souvent du Christ et de mes amis, qui étaient pour moi les obsessions de l’époque. Plus tard, ils se transformaient selon mon humeur et selon le niveau de difficulté dans lequel je me trouvais. Encore aujourd’hui, je garde les mêmes thèmes dans mes rêves qu’il y a 25 ans.

Un jour pendant la période du gymnase, le professeur de français fit un petit exercice pendant son cours: il nous demanda d’écrire un poème selon la démarche de l’écriture automatique. Après l’exercice, je le lisais devant le professeur et les autres élèves. Après que je l’aie lu tout le monde se mit à applaudir. En voici les quelques lignes:

Écritures Autom(n)atiques

Brûlure perverse, perfide hémicycle

D’une amertume à l’autre: Un Paradis au Ciel?

Selon la marche du temps, les renégats en fuites

Partent vers l’horizon sans donner de suites

Merci pour ton génie et ta flamme d’un jour

La vérité est là, et le reste Toujours.

Sanglots arrachés à des prunelles vierges

Des larmes coule le sang ; D’où la Vie émerge

Bateaux en virages sur le grand océan

Titubent, et les mirages font appel à leur dents

Écritures stupides et passions alletantes

Un jour, peut-être, sûrement à l’Automne:

Béantes

K. A. Whittle

Pour conclure, je peux dire que ces années ont été pour moi d’une terrible souffrance, mais que après coup elles apparaissent comme une grande chance. Et que le fait d’y repenser me fait beaucoup de «mal», mais j’ai quand même une grande satisfaction devant l’expérience vécue. Et que le petit Alex est en somme guéri même si le souvenir de ces épreuves me laissent parfois un léger goût amer….

Lausanne, le 25 juin 2021

Verpassen Sie keinen Artikel!

close