Film analysis

Une vision de la société moderne coréenne, déconnectée des affects

La schizophrénie dans le film «I’m a Cyborg, but that’s ok»

Sandrine Lasserre, Sophie Schoeni, Melody Favre, Daniele Zullino, Gerard Calzada

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2017.00513
Publication Date: 20.09.2017
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2017;168(06):187

Cha Young-goon, patiente présentant probablement un diagnostic de schizo­phrénie, est persuadée d’être un cyborg. Dans un établissement psychiatrique, sa ­rencontre avec le patient Park II-Sun met un frein au développement de la maladie. À l’instar du personnel soignant, Park pourrait bien être un espoir de guérison pour Cha… et réciproquement.

I’m a Cybog, but that’s ok ­(Ssa-i-bo-geu-ji-man-gwen-chan-a, 2006).

Written by Seo-Gyeong Jeong, Chan-Wook Park. ­Directed by Chan-Wook Park.

Le film «I’m a Cyborg but that’s ok» film coréen de Chan-Wook Park, sorti en 2006, met en lien de façon ­onirique et décalée les troubles psychologiques. En ­parallèle, il propose une vision de la société moderne coréenne, automatisée, axée sur la productivité et déconnectée des affects.

La pathologie implicite du personnage principal, Young-Goon Cha, est la schizophrénie. Elle semble être une réponse de défense à un traumatisme remontant à son enfance. Les différents symptômes présentés, bien que romancés, sont en accord avec le DSM-V: émoussement affectif, catatonie, hallucinations auditives et visuelles, délire de référence.

Toute l’ironie et la critique de la société apparaissent dans le fait que Cha trouvera de l’écoute et de l’aide ­seulement auprès d’un autre patient, et non auprès du système de soin.

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Park essaiera de comprendre comment «fonctionne» le cyborg Cha: quels sont ses codes, ses valeurs, son but... En prenant part à son délire, Park guidera Cha sur la voie de la guérison: en commençant par accepter à nouveau de s’alimenter comme les humains.

Les autres patients sont décrits de façon farfelue, ­parfois stigmatisante, mais ironiquement, ils semblent davantage humains que leurs proches ou l’ensemble du personnel soignant. Certes l’institution n’est pas présentée comme un environnement étouffant ni coercitif, mais la thérapie électroconvulsive n’en est pas efficace pour autant.

Au vu de l’illustration non représentative de la pathologie, il s’agit d’un film qui permet facilement d’observer la critique envers la psychiatrie que le réalisateur matérialise à travers des personnages créés de toute pièce.

Ce film dépasse le cadre de lecture uniquement médical et offre d’autres messages, plus ou moins directs, à travers une photographie très réussie, et des personnages qui apparaissent au premier abord très étranges et lointains, mais qui deviennent très attachants et ­intéressants.

Vous trouverez une analyse approfondie du film et la bande ­annonce sur le site internet des «Swiss Archives of Neurology, Psychiatry and Psychotherapy»: www.sanp.ch/online-only-content/.

Sandrine Lasserre, Sophie Schoeni, Melody Favre, Daniele Zullino, Gerard Calzada

Faculté de médecine, Université de Genève, Suisse

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Photo de la bande annonce du film.

Correspondance:
Dr med. Gérard Calzada
HUG – Hôpitaux
Universitaires de Genève
Rue Grand Pré 70C
CH-1202 Genève
Gerard.Calzada[at]hcuge.ch