Film analysis

Une comédie dramatique racontant l’histoire d’un jeune joueur passionné par le poker

Le jeu d’argent pathologique dans le film Rounders

Eléonore Convert, Shawna Pfeiffle, Ariella Machado, Daniele Zullino, Gerard Calzada

DOI: https://doi.emh.ch/10.4414/sanp.2018.00545
Publication Date: 17.01.2018
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2018;169(01):31-32

Ce film permet au spectateur connaisseur de pouvoir se placer du côté du patient et mieux comprendre son ressenti, son excitation liée au jeu, grâce aux effets ­scéniques.

En perdant une fois toutes ses ­économies lors d’une partie, Mike Mc Dermott décide de quitter défi­nitivement le jeu et de se concentrer sur ses études; ceci jusqu’au jour où son meilleur ami Worm, lui-même grand joueur de poker, ressort de prison endetté jusqu’au cou. L’influence de Worm sur Mike est telle que ce dernier cède à la tentation et recommence à jouer, perd sa copine Jo et se retrouve impliqué dans le remboursement des dettes de son ami. Ils se retrouvent alors dans une spirale infernale, où chaque fois que Mike réussit à regagner de l’argent grâce au jeu, Worm le lui fait reperdre à cause de ses tricheries. Finalement, Mike fait équipe à part et réussit à rembourser leurs dettes. Il part par la suite à Las Vegas pour accomplir son rêve de gagner la finale du World Series of Poker.

Rounders (1998)

Screenplay by David Levien and Brian Koppelmann. Directed by John Dahl.

Le film met en scène le trouble de jeu pathologique ­présent chez les deux personnages principaux, Mike et Worm, et il nous aide à nous représenter les critères diagnostiques de ce trouble cité dans le DSM-V.

Nous remarquons chez les deux personnages une ­envie d’accroître les sommes d’argent avec lesquelles ils jouent jusqu’à littéralement miser toutes leurs ­économies. Ceci entraîne autant chez Mike que chez Worm une excitation démesurée. L’augmentation des mensonges et de l’endettement représente un point ­typiquement présent chez les personnes atteintes du trouble du jeu pathologique et ces deux éléments sont bien mis en avant dans le film. Nous remarquons aussi l’excitation et la tentation qui remplit Mike lorsqu’il se retrouve dans un environnement où le Poker est présent; ceci est un bon reflet de l’addiction.

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La relation de Mike et de Jo ainsi que celle de Mike et Worm sont dictées par le trouble du jeu pathologique. L’accumulation de mensonges due aux jeux de la part des deux personnages principaux va mener à la perte de ces deux relations.

Dans le film, nous rencontrons un autre personnage nommé Knitsch qui représente un joueur professionnel ne souffrant pas du trouble. Il permet de faire une comparaison et d’établir les limites entre le jeu pathologique et le jeu normal. La différence entre ces deux pratiques se trouve dans l’excitation procurée par la prise de risque qui n’est pas présente chez le joueur professionnel; l’argent est l’unique raison pour laquelle il joue.

Il n’y a pas de psychiatre à proprement parler, ce qui ­représente fidèlement la réalité; peu de personnes ­atteintes de ce trouble vont consulter, car eux même ne se rendent pas compte de leur addiction. Knitsch ­incarne donc la figure soignante auprès de Mike. Il lui donne des conseils et reste à ses côtés du début jusqu’à la fin du film. Dans une autre mesure, Mike prend le rôle de soignant auprès de son ami Worm, en lui conseillant de jouer de manière loyale.

Ce film est un bon support d’apprentissage pour bien se représenter le trouble du jeu pathologique. De nombreux critères de cette problématique sont représentés par les deux personnages principaux. Il permet aussi au spectateur de pouvoir se placer du côté du patient et mieux comprendre son ressenti, son excitation liée au jeu, grâce aux effets scéniques. Cependant, l’absence du personnel soignant est susceptible d’engendrer des représentations réductrices du trouble et un spectateur non spécialiste pourrait manquer d’éléments ­cruciaux pour le comprendre. En revanche, il permet, chez un public connaisseur, d’acquérir un regard intéressant et pertinent du trouble.

Vous trouverez une analyse approfondie du film et la bande ­annonce sur le site internet des «Swiss Archives of Neurology, Psychiatry and Psychotherapy»: www.sanp.ch/online-only-content.

Eléonore Convert, Shawna Pfeiffle, Ariella Machado, Daniele Zullino, Gerard Calzada

No financial support and no other potential conflict of interest ­relevant to this article was reported.

Capture d’écran de la bande-annonce officielle du film.

Correspondance:
Dr. med. Gérard Calzada
HUG – Hôpitaux
Universitaires de Genève
Rue Grand Pré 70C
CH-1202 Genève
Gerard.Calzada[at]hcuge.ch