Film analysis

Une drogue fictive qui pourtant ressemble aux substances psychoactives dans notre société

Le trouble d’utilisation de 
substances dans le film Limitless

DOI: https://doi.org/10.4414/sanp.2018.00602
Publication Date: 19.09.2018
Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2018;169(06):192

Fatima Diouf, Julie Beuret, Daniele Zullino, Gerard Calzada

Le film Limitless est un thriller américain sorti en 2011 et réalisé par Neil Burger. Il s’agit de l’adaptation du roman «The Dark Fields» d’Alan Glynn (2001). Le film s’inscrit dans un contexte contemporain prenant place à New York et plus précisément dans l’arrondissement de Manhattan.

Limitless (2011)

Screenplay by Leslie Dixon. Based on «The dark fields» by Alan Glynn. Directed by Neil Burger.

Eddie, le personnage principal du film, souffre d’un trouble de l’usage d’une substance autre selon le 
DSM-5.

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Le NZT, substance fictive, est une molécule qui augmente considérablement les capacités cognitives, permettant à son usager d’avoir une capacité de réflexion et d’apprentissage hors norme. Eddie en devient vite dépendant. Loin de le mener à la marginalisation, le NZT le rend cependant extrêmement brillant et per­formant en société. Il est à ce point intéressant de noter que le tableau clinique présenté par Eddie va plutôt à l’encontre des critères du DSM-5 puisqu’au lieu de l’entraver dans ses activités, cette substance nootropique lui permet au contraire d’exceller dans celles-ci. La présence de plus de six critères diagnostiques, dont celui du sevrage, permet néanmoins de faire le diagnostic. Le critère de tolérance reste difficile à déterminer puisque Eddie ne semble pas devoir augmenter ses doses pour obtenir l’effet désiré (aucune scène ne le montre explicitement). Concernant l’évolution du trouble, la question de savoir si Eddie continue à prendre de la drogue ou non reste en suspens à la fin du film. En raison de cela, il n’est pas possible de se ­prononcer quant à la rémission.

Lorsqu’il apprend que toutes les personnes ayant consommé du NZT sont à l’hôpital ou sont décédées, il comprend que l’arrêt de la substance n’est pas sans risque. Sans même tenir compte des effets désastreux que cela aurait sur sa vie sociale et professionnelle, il sait que sa vie est en danger dès lors qu’il arrête la ­substance de façon prolongée. Dans une situation à priori sans issue, le «poison» devient «antidote», puisqu’Eddie utilise ses capacités intellectuelles démultipliées par la drogue pour apprendre à doser ses prises et à adapter sa routine (le temps de sommeil, la prise de nourriture) de sorte à avoir le moins d’effet de manque possible. En parallèle, il met sur pied un laboratoire pour tenter de fabriquer une version identique de la molécule, mais qui n’induit pas le syndrome de sevrage à l’arrêt de la substance.

D’ailleurs, il est difficile de savoir à ce stade de l’intrigue si le héros continue à prendre de la drogue par réelle addiction ou par crainte des symptômes dus au sevrage, dont celui lui faisant courir le risque de décès.

C’est un film qui pourrait intéresser d’une part pour la présentation très imagée de la sémiologie, pouvant ainsi servir de support pour l’enseignement. D’autre part, le sujet du film, le perfectionnement de l’humain, permettra de soulever un certain nombre de débats ­autour de la place des substances psychoactives dans notre société, et surtout de leur place dans les sociétés à venir.

Vous trouverez une analyse approfondie du film et la bande-­annonce sur le site internet des «Swiss Archives of Neurology, ­Psychiatry and Psychotherapy»: www.sanp.ch/online-only-content.

Credits

Photo de la bande annonce du film.

Correspondence

Correspondance:
Dr med. Gerard Calzada
HUG – Hôpitaux Universitaires de Genève
Rue Grand Pré 70C
CH-1202 Genève
Gerard.Calzada[at]hcuge.ch

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