access_time published 06.04.2016

Le syndrome d’Asperger dans le film Mary & Max

Michel Godel
Thibault Corpataux
Gerard Calzada

Film analysis

Le syndrome d’Asperger dans le film Mary & Max

06.04.2016

Un film qui participe à la construction d’une société moins stigmatisante et plus tolérante.

Mary and Max (2009): Written, Directed and Designed by Adam Elliot. Produced by Melanie Coombs. Featuring the voices of Toni Collette, Phillip Seymour Hoffman, Barry Humphries, Eric Bana.

La trame

Mary and Max est un film d’animation réalisé en pâte à modeler par l'Australien Adam Elliot. Il raconte l’histoire improbable d’une relation épistolaire, débutant dans les années 1970, entre une Australienne de 8 ans et un juif new-yorkais obèse de 44 ans, ce dernier souffrant d’une forme d’autisme appelée syndrome d’Asperger.




Contexte historico-culturel du film et de la psychiatrie

Avant son premier long-métrage Mary and Max, Adam Elliot avait déjà réalisé quelques courts métrages d'animation au moyen de figurines en pâte à modeler, à la manière de Wallace and Gromit. L'un d'eux (Harvie Kurmpet, 2003) a reçu l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation. Des thèmes récurrents dans son oeuvre sont le rejet social et la différence, ceux-ci étant souvent traités sous l'angle de la maladie psychiatrique. En effet, le personnage éponyme de Harvie Krumpet souffrait du syndrome de Gilles de la Tourette.

L'isolation sociale et la souffrance causée par l'intolérance des autres semblent toucher particulièrement Adam Elliot du fait qu'il dit en avoir été lui-même la victime. Il est donc probable qu'il ait puisé dans son propre vécu pour imaginer l'histoire de la petite Mary dont l'enfance est rendue difficile par une situation familiale compliquée ainsi que par les moqueries de ses camarades de classe.

Par contre, pour ce qui est du récit de Max (le correspondant de Mary qui souffre du syndrome d'Asperger), il est certain que le réalisateur a utilisé des éléments de sa propre expérience afin de construire le personnage. En effet, il a raconté en interview avoir lui-même entretenu une correspondance avec un autiste asperger New-Yorkais pendant plus de vingt ans, d'où la mention en début de film: "inspiré par une histoire vraie.

La psychopathologie

La pathologie dont souffre l'un des deux protagonistes principaux (Max) est appelée syndrome d'Asperger. Bien que celui-ci ait disparu de la classification du dernier DSM-V pour se fondre dans le continuum psychopathologique des troubles du spectre autistique, il reste considéré par de nombreux psychiatres comme une catégorie à part avec ses propres spécificités. Le syndrome d'Asperger partage tout de même avec les autres troubles du spectre autistique un certains nombres de points communs. Tout d'abord, on observe une altération dans la qualité des interactions sociales: le sujet ne cherche pas spontanément à partager ses plaisirs, ses intérêts ou ses réussites avec d’autres personnes. Il manque de réciprocité sociale et émotionnelle et ne parvient pas à utiliser adéquatement les messages non-verbaux, tels que les mimiques faciales. Ensuite, les comportements, les activités et les intérêts de l'autiste revêtent un caractère stéréotypé, répétitif et restreint. Les préoccupations sont circonscrites à un nombre réduit de centres d’intérêt, qui peuvent être surprenants (comme par exemple la fascination pour un horaire de train). Le sujet autiste se crée également des rituels stéréotypés et sans buts apparents. Un certain degré de maniérisme moteur stéréotypé peut aussi être présent (p.ex. torsions des doigts). Bien entendu, tous ces troubles entraînent un retentissement social ou professionnel significatif. Ce qui distingue le syndrome d'Asperger des autres formes d'autisme, c'est que dans celui-ci il n’existe pas sur le plan clinique de retard du langage ou du développement cognitif. Ainsi, l’autonomie et la curiosité du sujet demeurent adéquates pour son âge. Pour ces raisons, le syndrome d’Asperger est parfois qualifié "d’autisme de haut niveau".

Dans le film, Max correspond avec une enfant australienne de 8 ans (Mary) qui a également beaucoup de difficultés dans les interactions sociales, sans pour autant souffrir d’une pathologie psychique. Mary est en effet le souffre-douleur de sa classe.

Le film offre ainsi une réflexion très intéressante sur la frontière entre une pathologie classifiée et officiellement reconnue, et une simple difficulté relationnelle, en confrontant deux individus que la vie a rendus solitaires. Cette idée serait à mettre en lien avec les réflexions de certains chercheurs, comme Simon Baron-Cohen, qui se sont demandé si le syndrome d’Asperger n’était pas finalement davantage une "différence" qu’une maladie.

Dans le film, les détails de la symptomatologie du syndrome d’Asperger sont bien respectés: Philip Seymour Hoffman, qui prête sa voix au personnage de Max, sait adopter ce ton mécanique parfois qualifié de "prosodique", propre aux Aspergers. De plus, Max s’exprime de façon particulière, comme lorsqu’il déclare: "Ton dessin est une bonne représentation visuelle de toi-même." Max fait également référence à sa dysgraphie, ce qui l’amène d’ailleurs à rédiger ses lettres avec une machine à écrire. On observe aussi très clairement des difficultés de communication, notamment parce qu’il peine à comprendre les concepts abstraits, l’humour, le second degré, ainsi qu'à interpréter l'expression des visages. De même, il a de la difficulté à exprimer de façon adéquate ce qu’il ressent. Parfois, il en arrive au point où il doit recourir à la création de néologismes. Possédant des capacités cognitives intactes, son handicap concerne principalement les compétences sociales.

Max a une vie qui lui convient tant qu’il la contrôle parfaitement. Il supporte extrêmement mal les changements. Lorsque Mary lui pose des questions existentielles, cela suscite chez lui un désarroi terrible. Non seulement il ne sait pas comment répondre à ces questions, mais de plus celles-ci l’interpellent et le bousculent par rapport à son vécu.

La relation amicale qui se noue avec Mary apporte énormément à Max, même si elle comporte des hauts et des bas. Lorsque Max n’arrive pas à pleurer, Mary lui envoie des larmes. Max adore ce geste, car son amie a répondu à sa plainte au sens strict. Tous les objets que Max reçoit d’Australie sont en couleur dans le film et tranchent sur le gris environnant. Le long chemin vers l’apprentissage de l’amitié se déroule au cours de 20 ans d’échange de lettres. Il y a des ruptures du contact, des moments d’angoisse tels qu’ils nécessitent l’hospitalisation de Max en psychiatrie.

Il est intéressant de noter que le réalisateur Adam Elliot a choisi de mettre en scène un type de relation entre ces personnages dans lequel le principal handicap social de Max (difficulté à gérer les signes non verbaux d’une interaction sociale) disparaît complètement: la relation épistolaire!

Nous pensons donc que Mary and Max ouvre la question de savoir s’il est possible de communiquer plus facilement avec un "Aspie" via l’écriture. Max est extrêmement pudique, mais il écrit sans détour sur sa vie, dès lors qu'il fait confiance à Mary qui initie l'échange, avec la franchise et la candeur de l’enfance.

Il est également fait mention de la maladresse de Max, de la répétitivité de ses activités – notamment le caractère immuable de son emploi du temps – ainsi que de ses repas planifiés en fonction du jour de la semaine. On comprend très vite combien ces rituels sont déterminants pour l’équilibre psychique de Max, qui se trouve bouleversé au moindre changement, sujet à de sévères crises d’angoisse qu’il cherche alors à soulager par l'ingestion de quantités énormes de nourriture malsaine, d’où son obésité.

Adam Elliot traite ainsi intelligemment du syndrome d’Asperger, sans tomber dans le stéréotype de "l’autiste surdoué". Contrairement à un film comme Rain Man, les aptitudes particulières de Max sont mentionnées très brièvement ("speed-reading" ou lecture de deux pages en même temps, capacité à finir très rapidement un Rubik’s Cube, etc.); elles sont mentionnées davantage comme des petites particularités amusantes que comme une sorte de "super pouvoir". Le film se centre dès lors plus sur le quotidien et sur la souffrance engendrée par un tel syndrome, offrant ainsi un portrait crédible et touchant par sa simplicité.

Mais au-delà de cette qualité, que l’on pourrait qualifier de "technique", dans l’illustration cinématographique des symptômes, il nous semble que le plus grand mérite du film dans sa manière de représenter la pathologie réside dans le discours même de Max, à savoir sa structure, les mots employés, les sujets traités et l’ordre dans lequel ils le sont. On y perçoit à merveille l'esprit très terre-à-terre de Max, qui saute d’un sujet à l’autre sans vraiment faire de liens, au gré de ses désirs. Est aussi mise en avant l’absence de variation de la charge émotionnelle entre des propos ayant trait à des banalités quotidiennes et d’autres qui relatent des événements personnels traumatisants. C’est le cas, par exemple, lorsque Max raconte que sa mère s’est suicidée quand il était enfant, puis enchaîne immédiatement sur le même ton de voix par la question: "Aimes-tu les hotdogs au chocolat?" Il en résulte un discours faisant souvent sourire, touchant de naïveté et qui n'est pas sans rappeler les propos d’un enfant, cette dernière comparaison étant d’autant plus justifiée qu’Adam Elliot a décidé de faire correspondre Max avec une fille de huit ans.

La distance que permet le procédé cinématographique des figurines en pâte à modeler contribue grandement à mieux montrer les caractéristiques du syndrome. Cette affirmation peut sembler paradoxale, dans le sens où les images d’animation ne représentent pas la réalité au sens strict. Cependant, les longs-métrages tournés avec des acteurs en chair et en os ne sont pas non plus des reflets exacts de la réalité: le cinéma traditionnel use d’artifices de son et de caméra pour immerger le spectateur dans l’histoire qu’il voit à l’écran. Les figurines en pâte à modeler permettent une analyse approfondie du syndrome, sans que les images paraissent ridicules. En effet, elles offrent une représentation symbolique d'une pathologie, évitant de la personnaliser ou de la surjouer à travers un acteur. Les périodes d’angoisse, où Max réagit par prostration stéréotypée, profitent particulièrement bien de l’animation. Les expressions oculaires de surprise ou de peur sont aussi soulignées par ce procédé.

Globalement, la représentation cinématographique du syndrome d’Asperger est proche de la réalité clinique. Le personnage de Max présente toutes les caractéristiques syndromiques que nous avons exposées plus haut: incompréhension des codes non-verbaux, obnubilation pour des intérêts étranges, routine stéréotypée, handicap dans la vie professionnelle et un certain degré de désarroi et d’anxiété. On note cependant que Max est complètement autonome, orienté et cognitivement performant, ce qui est la spécificité même du syndrome d'Asperger. Nous sommes d’avis que ce film ferait un support d’enseignement adéquat pour présenter le syndrome d’Asperger, avec une mention particulière pour la scène originale où Max fait lui-même un exposé du syndrome dont il souffre, concluant par son désaccord à l'égard du qualificatif de „handicapé“ qu’on lui attribue, dès lors qu'il considère l’autisme comme une partie de lui, au même titre que la couleur de ses yeux.

On sent que le scénario est très documenté sur le syndrome d'Asperger et le réalisme poignant du discours de Max est certainement en partie dû au fait qu’Adam Elliot a lui-même vécu une expérience de relation épistolaire avec un adulte autiste.

Nous n’avons noté qu’une seule invraisemblance gênante dans Mary and Max: il s’agit de la scène où Max raconte qu’il ne croit plus en Dieu depuis qu’il a lu plusieurs livres sur le sujet – on voit alors une pile de livres de philosophie et de théologie que Max aurait lus. Imaginer que Max puisse s'intéresser à un concept aussi abstrait que Dieu, au point de lire un grand nombre d’ouvrages tout aussi conceptuels et abstraits sur la question, nous semble très peu probable pour une personne atteinte du syndrome d’Asperger qui se dit elle-même incapable de jouer avec des concepts abstraits ou de saisir le sens figuré d’une phrase. Les centres d’intérêt d’un "Aspie" sont habituellement très intenses, mais trop axés sur le concret et le premier degré pour permettre une telle abstraction. L’"Aspie" a tendance à se focaliser sur des détails et peine à donner aux éléments un sens global. Le fossé paraît ici énorme entre Rain Man qui ne pouvait que lire l’annuaire téléphonique ou les horaires de bus, et notre Max, penseur et philosophe! 

Les représentations sociales

La maladie et le patient psychiatrique

On pourrait attendre d’un film d’animation qu’il fonctionne à grand renfort de stéréotypes. Dans Mary and Max, ce ne sont pas les personnages principaux qui sont stéréotypés, mais plutôt les secondaires: le père taxidermiste amateur, la mère alcoolique, la voisine de Max qui est une gentille vieille déjantée, etc. Le film fait en quelque sorte l’apologie de la différence sous toutes ses formes: physique (Mary et sa tache de naissance; le voisin de Mary et son bégaiement) ou psychologique (Max et ses fantasmagories).

Dans Mary and Max, la représentation du patient autiste utilise toutefois certains stéréotypes, mais ils y sont traités de manière sobre, sans exagération ni artifices destinés à se conformer aux idées reçues. On retrouve par exemple les stéréotypes du patient exclu de la société, de l'autiste ayant des capacités hors normes (Rubik's Cube et lecture rapide), du malade psychiatrique subissant les moqueries et requérant une certaine assistance pour vivre: Max jouit d'une autonomie particulièrement grande, mais reste tout de même relativement dépendant de sa voisine Ivy et de son médecin psychiatre. De plus, il est amené à être hospitalisé pendant huit mois après une crise d'angoisse trop importante qui l'a mené à une dépression sévère. On retrouve également le cliché souvent utilisé du patient refusant d'accepter son diagnostic de "malade" et le fait qu'il y ait quelque chose à "soigner".

Il est à noter que nous employons ici le terme "stéréotype", car il s'agit effectivement de représentations communément partagées au sujet des patients psychiatriques, mais cela ne veut pas dire pour autant que celles-ci sont complètement erronées. Ce serait à notre avis une atteinte au réalisme de la maladie mentale que de ne retrouver aucune trace de ces représentations dans un film. À l’opposé, l'emploi abusif, superficiel ou irréfléchi de tels stéréotypes (comme cela est malheureusement trop souvent le cas au cinéma où on ne compte plus le nombre de films présentant la schizophrénie comme un don génial et enviable pour le spectateur, ou à l'inverse les films d'horreur présentant les gens souffrant de ce trouble comme inquiétants et dangereux) serait une erreur. Adam Elliot évite justement un tel traitement de ces stéréotypes et parvient à les restituer avec simplicité, dans la banalité du quotidien, sans céder à la pression des idées toutes faites. En outre, aucun de ces traits n'est glorifié (l'exclusion n'est pas montrée comme une supériorité sur les autres humains, les capacités cognitives hors normes ne sont pas présentées comme des "super-pouvoirs", mais telles qu'elles peuvent être réellement vécues par un "Aspie": un petit "plus" plaisant, mais qui s'avère souvent tragiquement inutile). Aucun stéréotype n'est stigmatisé non plus: Max n'est pas un fardeau pour la société, il est indépendant et a même eu plusieurs emplois.

De plus, ce film regorge d'illustrations de stigmatisations et de discriminations que la société inflige aux handicapés mentaux. Ceci amène le spectateur à adopter une réflexion critique sur ses représentations et ses attitudes vis-à-vis de telles personnes. Ainsi, on peut voir à de multiples reprises les rires, la peur, voire même les insultes que le comportement de Max suscite dans les rues de New York. Max raconte également qu'il n'a pas été sélectionné pour faire partie d'un jury, car il a séjourné dans un hôpital psychiatrique, posant au spectateur la question de la validité et du caractère stigmatisant d'une telle mesure, pourtant commune dans nos sociétés.

Pour toutes ces raisons, nous pensons que ce film a une forte valeur déstigmatisante et critique envers les formes de discrimination qui peuvent exister dans le domaine de la santé mentale et de ses soins.

Au fil de l’histoire, Max apprend à contrôler ses angoisses, en partie grâce au Valium. Le trouble ne disparaît pas de façon immédiate et miraculeuse, comme dans d’autres films traitant de psychopathologie. Nous pensons par exemple à des longs-métrages tels que "Mr Jones" (1993, Mike Figgis) ou "As good as it gets" (1997, James L. Brooks), dans lesquels la simple rencontre amoureuse laisse au spectateur le sentiment d'une guérison rapide et presque complète à la fin du film. Dans Mary and Max, on nous montre plutôt la réalité désenchantée d’un processus long, complexe et parfois douloureux qui n’éradique pas le trouble, mais peut conduire à mieux vivre avec. Ce long apprentissage se fait par la combinaison de plusieurs facteurs, à savoir l’amitié, la psychothérapie et la médication. Pour cela, le film laisse au public une image juste de ce que peut être le vécu d'une psychopathologie et peut donc constituer une forme d'information envers la population, ce que le monde de la psychiatrie devrait encourager.

Le psychiatre

Le psychiatre Bernard Hazelhof est présenté comme ayant un rapport paternaliste avec Max. C'est de nouveau, un stéréotype assez courant. Par contre, il peut être justifié dans une prise en charge d'un patient comme Max. En effet, avoir un discours directif et simple, débarrassé de toutes métaphores compliquées ou concepts abstraits que Max ne comprendrait pas semble être la bonne attitude à adopter en tant que thérapeute.

Le langage du psychiatre est inintelligible pour le spectateur, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas compris par son patient. Ainsi, lors des séances de psychothérapie, on peut voir le psychiatre baragouiner à l'arrière-plan pendant que Max relate les phrases qu'il a retenues. Celles-ci s'avèrent être soit des injonctions, des directives courtes et claires ("Ne jamais manger quelque chose qui soit plus gros que sa tête"), soit des conseils de vie.

Max semble accorder une grande importance à ces recommandations, qui ont apparemment leur utilité, car non seulement elles l'aident à structurer sa vie, mais elles le motivent également à franchir de nouvelles étapes en engageant des actions difficiles, mais extrêmement gratifiantes, telles que la poursuite de son amitié avec Mary, l'abandon de son ami imaginaire au profit d'une quête sociale plus réelle, le travail sur l'acceptation de soi, ou même la perte de poids. Il y a fort à parier que Max aurait suivi ses penchants autistiques et n'aurait ainsi entrepris aucune de ces tâches s'il n'avait pas bénéficié de cette aide extérieure.

Bien sûr, le psychiatre commet quelques maladresses, comme lorsqu’il critique les objectifs de vie que Max s'est fixés en les qualifiant de "stupides". Mais le fait que ces rares écarts affectent Max au point qu'il y repense et en parle dans ses lettres témoigne de la place importante et de l'influence que possède le psychiatre dans la vie de son patient.

Le système psychiatrique 

Pour ce qui est du système psychiatrique hospitalier, il est simplement dit que Max y est soigné pendant huit mois, et l'on apprend aussi que c'est là-bas que le diagnostic d'Asperger lui est assigné.

Le cliché du traitement par électrochocs est également utilisé lors du séjour à l'hôpital. Cependant, il est utilisé d'une manière conforme à la réalité, évitant les fantasmes du public: Max souffre alors de dépression sévère; or les électrochocs étaient (et sont encore) un traitement parfois prescrit pour une telle pathologie. D'ailleurs, la scène où Max subit un électrochoc ne présente pas cette pratique comme étant volontairement barbare, sadique, inutile et vétuste, comme cela a pu être le cas dans Vol au-dessus d'un nid de coucou (1975, de Milos Forman). Cependant, Max est catatonique lorsqu’il rentre de l’hôpital: est-ce la cause ou la conséquence du traitement? Les bénéfices ou effets collatéraux de cette intervention ne sont pas clairement développés.

Pour ce qui est du système psychiatrique ambulatoire, les consultations privées sont présentées comme plus gratifiantes et utiles pour l’ "Aspie" que les entretiens à plusieurs: le groupe de parole des hyperphagiques anonymes ne convient pas à Max.

Conclusion

En conclusion, nous pensons que ce film, en plus de ses qualités artistiques, mérite d'être vu par toute personne désireuse de trouver une représentation adéquate du syndrome d’Asperger, montré sous l’angle de l’exclusion sociale. Comme nous l'avons déjà mentionné, la justesse avec laquelle la maladie ainsi que le système psychiatrique sont traités fait que ce genre de films contribuent positivement à l'éducation de la population et à l'élaboration d'une connaissance collective adéquate de ce que vivent les personnes souffrant de troubles mentaux. Ainsi, la production et la distribution de tels films participent à la construction d'une société moins stigmatisante et plus tolérante.

D'après nous, ce film a le mérite de réunir devant l'écran aussi bien les professionnels de la santé que le grand public. Pour les premiers, il constituera une perspective artistique intéressante de sujets qu'ils ont plutôt eu l'habitude d'étudier de manière théorique ou qu'ils n'ont rencontrés que dans le contexte médical. Pour les seconds, il sera l'occasion d'observer une représentation correcte de sujets à propos desquels ils sont souvent peu informés, et ce malgré le fait que nous les rencontrons au quotidien.

Cette propriété que possède Mary and Max de faire le pont entre le monde médical professionnel et le reste de la population fait qu'il semble tout spécialement destiné à la catégorie du public qui se trouve juste entre ces deux mondes: les étudiants en sciences médicales. Pour ceux-là, le film ouvrira un grand nombre de pistes de réflexion à propos des aspects dont nous avons discutés, à savoir la psychopathologie, la relation patient-soignant ou encore le système de soins en général. L'étude et la discussion autour de ce film entre étudiants et psychiatres peuvent constituer autant de compléments enrichissants à leurs lectures théoriques dont le but vise généralement à enseigner des faits et non à susciter une réflexion plus large (pourtant tout aussi cruciale dans le parcours d'un futur médecin) comme peut le faire un film tel que Mary and Max.

Références bibliographiques


Notre avis

Notre note: 5/5

Michel Godel

Faculté de Médecine de l’Université de Genève

Thibault Corpataux

Faculté de Médecine de l’Université de Genève

Gerard Calzada

Faculté de Médecine de l’Université de Genève

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