access_time published 17.05.2017

La schizophrénie dans le film K-PAX

Shabn Solh Dost
Claudia Rei Pereira
Gabriel Thorens
Daniele Zullino
Gerard Calzada

Film analysis

La schizophrénie dans le film K-PAX

17.05.2017

Un film qui est un bon moyen de nous montrer certains symptômes de la schizophrénie

 K-PAX (2001). Based on the novel by Gene Brewer. Screenplay by Charles Leavitt. Directed by Iain Softley.

Trame

L’intrigue commence par l’apparition, dans une gare, de Prot (Kevin Spacey) qui déclare être arrivé sur Terre depuis une planète nommée «K-Pax». C’est pourquoi Prot est admis dans un institut psychiatrique à Manhattan où le médecin-chef, Mark Powell (Jeff Bridges), le prend en charge.

Au fil des discussions, Mark Powell se rend compte des grandes connaissances que son patient possède, tant dans le domaine scientifique, notamment sur les théories d'Einstein, que dans le domaine astronomique, concernant la vitesse de la lumière. Ces étonnantes capacités ainsi que la description du supposé mode de vie dans son monde d’origine intriguent non seulement le psychiatre, mais aussi les autres patients de l'institut, sur lesquels Prot exerce une certaine influence.

Prot affirme que le 27 juillet il quittera la Terre pour retourner sur K-Pax et emmènera avec lui un patient.

Commence alors une course contre la montre pour découvrir l’identité réelle de Prot. Grâce à plusieurs séances d'hypnose et à une enquête menée sur le passé de Prot par le psychiatre, on découvre qu’en réalité il s’agit de Robert Porter, un homme qui a subi un traumatisme psychologique suite à la découverte de l'assassinat de sa fille et de sa femme dans sa demeure, un 27 juillet quelques années auparavant.

Le jour J se déroule ainsi : Prot est retrouvé sous son lit, dans un état catatonique, et une patiente nommée Bess disparait de l’hôpital. Les autres patients pensent qu'il est retourné d'où il vient, accompagné de Bess.

 

 

Context historique et culturel

Ce film est sorti le 26 octobre 2001 (1) aux États-Unis, une période où on connait mieux la schizophrénie, mais dont les causes restent encore incertaines. Effectivement, cela fait plus d’un siècle et demi que des écrits ont été répertoriés sur cette maladie :

Bénédict Morel, un psychiatre franco-autrichien, est parmi les premiers à émettre des théories sur la démence précoce (2).

En 1896, Emile Kraepelin un psychiatre allemand, désigne la démence précoce comme étant une maladie qui débute à l'adolescence et qui évolue vers la démence. Ce critère évolutif vers une démence est essentiel dans sa définition de la maladie, contrairement à Eugène Bleuler, un psychiatre suisse, pensant qu’il y a des arrêts et des poussées ainsi que des rémissions possibles à tout moment. (3) Celui-ci, en 1906, utilise le mot "Schizophrénie" pour la première fois, pour désigner la "démence précoce" de Kraepelin (4).

Ce terme vient du grec skhizein qui signifie fendre, séparer et phrénie de phrên signifiant esprit. La schizophrénie est, selon lui, une atteinte du cours de la pensée, une rupture de sa cohérence. Cliniquement, il propose un diagnostic de la maladie portant sur plusieurs symptômes qu'il classe en deux groupes (4):

1. Les symptômes essentiels, constants comprenant une perte de l’enchainement des idées, des troubles du langage, de l’attention et de l’affection ainsi qu'une dissociation du Moi du monde extérieur (qu'il nomme autisme).

2. Les symptômes inconstants, accessoires, comportant les pensées délirantes, hallucinations, syndrome catatonique, décompensations dépressives ou maniaques, troubles du jugement et du raisonnement et déficit pragmatique. Dès 1914, nombreux sont ceux ayant amené des théories sur la maladie, notamment celle de Sigmund Freud qui met en lien les modifications des relations avec autrui à un retrait de la libido (5).

Durant les années 2000, on utilise des nouvelles technologies, notamment les analyses génétiques, l'électroencéphalographie et la connectivité cérébrale par résonance magnétique pour tenter de mieux comprendre cette maladie. Ainsi, lorsque Iain Sofltey réalise ce film, les causes de la schizophrénie sont encore incertaines, cependant les recherches sont en plein essor.

La psychopathologie

Iain Softly met en scène Prot, un patient supposé souffrir de schizophrénie, notamment parce qu’il prétend venir d’une autre planète. Un facteur déclenchant probable de cette maladie peut être un événement traumatisant ayant eu lieu plusieurs années auparavant: l’assassinat de sa femme et de sa fille. Bien que ce ne soit pas vérifié dans le film, le trouble ne semble pas être causé par d’autres conditions (par exemple : abus de substance ou trouble organique).

Prot présente certains critères diagnostiques du DSM- 5 de la schizophrénie. Selon le DSM-5, au moins deux des symptômes suivants doivent être présents durant au minimum un mois : idées délirantes, hallucinations, discours désorganisé, comportement grossièrement désorganisé ou catatonique et symptômes négatifs. Prot a des idées délirantes, il est persuadé qu’il vient d’une autre planète. Il a également des symptômes négatifs, il exprime peu ses émotions et il est détaché du monde qui l’entoure, mais ces symptômes sont réellement présents à la fin du film lorsque Prot devient brutalement catatonique, il ne parle plus, n’exprime aucune émotion et perd toute volonté.

Le critère suivant fait aussi parti du DSM-5 pour la schizophrénie: «Durant une proportion significative de temps depuis le début du trouble, le niveau de fonctionnement dans un domaine majeur tel que le travail, les relations interpersonnelles ou l’hygiène personnelle est passé d’une façon marquée en dessous du niveau atteint avant le début du trouble» (6). On peut supposer que la maladie a eu des effets négatifs sur le quotidien du Prot (perte de travail, isolement social), mais ces points ne sont pas abordés dans le film.

La maladie de Prot est principalement axée sur certains symptômes (idées délirantes, catatonie, alogie) et omet d’autres symptômes souvent présents chez ces patients, par exemple les hallucinations (visuelles ou auditives) et les pensées désorganisées. Notons aussi que certains symptômes ne sont pas représentés conformément à la réalité. Dans le film, Prot devient catatonique, perd la parole et toute volonté d’une seconde à l’autre. En réalité, ces changements apparaissent progressivement pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines. Les patients schizophrènes ont des périodes que l’on appelle prodromiques ou résiduelles durant lesquelles leurs symptômes sont atténués ou alors ils ne manifestent que des symptômes négatifs (7).

Ces symptômes sont probablement représentés de cette façon afin d’apporter une touche spectaculaire au film. D’autres éléments sont également présents dans ce but. Par exemple, les connaissances surprenantes de Prot en science et en astronomie, le fait que son discours reste cohérent malgré son absurdité et le fait qu’il soit capable de voir les rayons ultra-violets nous mettent un doute sur son origine extraterrestre. La pathologie de Prot peut également correspondre aux critères diagnostiques de l’état de stress post-traumatique. En effet, on suppose que ses symptômes se développent suite à un événement traumatique (il est témoin du meurtre de sa propre famille), il devient violent lorsqu’il est exposé à un stimulus associé à l’événement traumatique (dans ce cas l’eau), il évite de parler de ses souvenirs et exprime relativement peu d’émotions positives. En revanche, il n’a pas d’excès de colère, de comportement à risque, d’hyper vigilance et de trouble du sommeil, qui sont aussi des symptômes présents dans l’état de stress post-traumatique. (8)

On pourrait également évoquer comme diagnostic différentiel le trouble dissociatif. Dans ce trouble, il peut y avoir notamment une perturbation qui atteint l'identité ou la perception de l'environnement. Les symptômes peuvent provenir d'une souffrance importante comme dans ce cas, l'assassinat de sa famille. Il existe différentes catégories de trouble dissociatif pouvant s'apparenter au cas de Prot. Effectivement, il pourrait présenter une amnésie dissociative; il n'arrive pas à parler de ses souvenirs traumatisants d'une manière «consciente», il ne peut le faire que sous hypnose.

Une fugue dissociative peut aussi être évoquée, car au début du film, on constate que Prot arrive à Manhattan, un lieu qui ne lui est manifestement pas familier. De plus, cette arrivée est accompagnée d'une acquisition d'une autre identité : Prot provenant de K-PAX. (9)

Les représentations sociales

La maladie et les patients psychiatriques

Certains films, tels que Fous d’Irène (des frères Farrelly), Fight Club (de David Fincher) (10) et Docteur Jekyll et M. Hyde (de Victor Fleming) (11) , associent la schizophrénie à un trouble de la personnalité multiple. Ceci contribue à la perception populaire de la schizophrénie : la double personnalité, un côté bon et un autre mauvais ou violent. Or, ce genre d’associations stéréotype les schizophrènes comme dangereux, ce qui n'est pas retrouvé dans K-PAX.

Ce qui est intéressant dans K-Pax, c’est que le film donne une tout autre image de ces patients. Prot est attachant, gentil et intelligent. Il aide volontiers les autres patients de l’hôpital psychiatrique et devient même leur thérapeute et ami. La maladie psychiatrique n’est donc pas présentée de façon stigmatisante.

De plus, lorsqu’on découvre que sa famille a été froidement assassinée et qu’on en déduit que c'est probablement ce qui a déclenché sa maladie, on ressent un sentiment d’empathie envers Prot. Au lieu d’être agacé par ce personnage étrange qui prétend être un extraterrestre, on est plutôt intrigué et fasciné. Le spectateur peut ressentir de la tristesse lorsqu’à la fin du film, il n’est plus que l’ombre de lui-même.

Les psychiatres

Au départ le Dr Powell est montré comme une personne apathique qui prête peu d’attention à ce que disent ses patients. Il tente de piéger Prot et de le convaincre qu’il tient des propos délirants, mais voyant que son discours est bien élaboré et étant peu à peu fasciné par cet étrange personnage, il va changer sa méthode de travail. Prot a une influence positive sur le psychiatre. Dès son arrivée, M. Powell devient compréhensif, emphatique et veut absolument guérir ce patient. Les rôles sont même inversés dans une partie de l’histoire, Prot devient le thérapeute qui permet au Dr Powell de renouer les liens avec son fils.

Cependant, le Dr Powell s’implique trop dans cette thérapie et sort du rôle habituel du psychiatre. En effet, il invite son patient à déjeuner chez lui et le présente à sa famille, il rêve souvent de ce patient, se lève en pleine nuit pour trouver une solution à son problème et va même jusqu’à enquêter dans sa ville d’origine pour interroger les habitants. De plus, les séances d’hypnose sont mises en scène de façon spectaculaire. En effet, durant ces séances, Prot est en un claquement de doigts totalement sous le contrôle du psychiatre. L’hypnose a même des effets sur son état physique : il présente une tachycardie s'élevant à plus de 150 battements par minute accompagnée d'une hypersudation. Ceci est évidemment loin de la réalité, l’hypnose n’a pas de tels effets et ces scènes ont probablement pour but d’impressionner les spectateurs.

Malgré ces scènes parfois exagérées, le psychiatre est bien représenté. C’est le genre de médecin que l’on a envie de consulter ; on pourrait avoir l'impression qu'il est bon psychiatre parce qu'il ne donne pas de médicaments de manière abusive et parce qu'il est à l’écoute et tente sincèrement d’aider son patient.

Le système psychiatrique

Le système psychiatrique n’est pas représenté comme étant persécuteur ou disciplinaire. Au contraire, ce lieu se veut moderne et ouvert. Effectivement, l’institut se situe en plein centre de Manhattan, dans un grand immeuble vitré. Ce centre abrite non seulement le cabinet du Dr Powell, une salle d’analyse avec une IRM, un ECG et la possibilité de réaliser des analyses sanguines, mais c’est également ici que cohabitent tous les patients.

L’atmosphère semble agréable, les patients du même étage peuvent y circuler librement et il ne semble pas y avoir d’enfermement strict. Il y a également une salle commune, où les patients peuvent regarder la télévision, jouer aux échecs ou faire du bricolage. Des séances de groupe sont organisées durant lesquelles chaque patient peut suggérer des activités. De plus, on peut voir qu’il y a plutôt de bonnes relations entre les infirmiers et les patients, et Prot trouve lui-même qu’ils sont «hospitaliers».

Le personnel de l’institut est essentiellement représenté par les infirmiers reconnaissables de par leurs habits de travail, et les médecins psychiatres qui sont vêtus de costumes ou tailleurs, et non pas de blouses qui sont portées par les scientifiques effectuant les analyses.

On peut ajouter que les médicaments ne sont pas montrés comme jouant un rôle fondamental dans le suivi des patients, contrairement à ce qu’on observe dans d’autres films comme Interrupted girl (de James Mangold) où chaque malade, à la chaîne, avale tous les jours des cachets donnés par une infirmière.

Cependant, on a l’impression que l’importance du rôle soignant des psychiatres est diminuée. En effet, Prot semble aider les autres patients plus que les psychiatres eux-mêmes. On le constate lorsqu’après une unique discussion avec une patiente, Prot parvient à la faire sortir de sa chambre, chose que personne auparavant n’avait réussi à faire.

En somme, grâce à l’évolution du Dr Powell qui devient plus soucieux quant à l’avenir de son patient, ainsi que l’atmosphère plutôt conviviale du centre, ce film nous amène une représentation positive du système psychiatrique.

Conclusion

Ce qui est intéressant dans ce film, c’est que le réalisateur joue avec le doute et laisse chacun interpréter le film à sa guise. Certains penseront que le protagoniste a une maladie psychiatrique, d’autres croiront qu’il est réellement un extraterrestre qui, à la fin de film, retourne sur sa planète et laisse son corps catatonique sur terre.

Quant à la représentation de la schizophrénie, la présentation de plusieurs symptômes reste conforme et la maladie n’est pas stigmatisée. Cependant, la survenue brutale de certains symptômes aurait pour finalité de rendre le film plus spectaculaire que réaliste, et il ne faut pas oublier que d’autres symptômes cardinaux de la schizophrénie ne sont pas représentés dans le film.

Concernant le système psychiatrique, le film nous montre un institut assez avancé dans la technologie, ainsi que des relations soignants-patients de bonne qualité, cependant l’efficacité pour traiter les patients reste moyennement efficiente.

Notre avis

«K-PAX» est un film qui mêle science-fiction et réalité d’une manière intrigante, car le réalisateur n’a pas recours aux effets spéciaux, mais utilise des jeux de lumière laissant planer le doute sur leurs origines extraterrestres. C’est par ces moyens grâce au personnage mystérieux de Prot qu’en tant que spectateur, on se demande tout au long de l’histoire qui est réellement ce protagoniste.

C’est un film, agréable à voir, est également un bon moyen de nous montrer certains symptômes de la schizophrénie. Cependant, ce film seul ne représente pas la maladie dans son ensemble.

Références

1. IMDb K-PAX. [cited 2016 Apr 2]; Available from: www.imdb.com/title/tt0272152/

2. Kaplan & Sadock’s. Synopsis of Psychiatry Behavioral Sciences/Clinical Psychiatry. In: Tenth Edition.

3. Rioux A. Défi et découverte: le siècle de la schizophrénie et de la psychanalyse. 2011 [cited 2016 Apr 2]; Available from: www.psycho-ressources.com/bibli/schizo1.html

4. Lévy-Soussan P. Psychiatrie (Edition 2001-2002). In: Estem. (Med-Line).

5. Marga Auré. Le corps du schizophrène : quelques références théoriques. [cited 2016 Apr 3]; Available from: www.causefreudienne.net/le-corps-du-schizophrene-quelques-references-theoriques/

6. American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders: DSM-5. In: fifth edition.

7. Dr Desclin J. Mens Sana - La schizophrénie. [cited 2016 Apr 4]; Available from: www.mens-sana.be/schizof/notes/sc_336not.htm

8. Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Etat de stress post-traumatique (ESPT). [cited 2017 Jan 2]; Available from: www.iusmm.ca/hopital/usagers-/-famille/info-sur-la-sante-mentale/etat-de-stress-post-traumatique.html

9. American Psychiatric Association. DSM - IV - TR Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. In: Quatrième édition. Masson;

10. 13e Journées de la schizophrénie. Schiz’ & the city. [cited 2016 Apr 3]; Available from: www.info-schizophrenie.ch/des-mots-desimages/cinema/

11. Cerveau & Psycho.fr. Dr Jekyll et Mr Hyde : l’insupportable altérité. [cited 2017 Jan 5]; Available from: www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-i-dr-jekyll-et-mr-hyde-i-l-insupportable-alterite-26110.php

Shabn Solh Dost

Claudia Rei Pereira

Gabriel Thorens

Daniele Zullino

Département de psychiatrie, Université de Genève

Gerard Calzada

Faculté de Médecine de l’Université de Genève

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