access_time published 31.10.2018

Le trouble délirant dans le film Lars and the real girl

Camille Litzler
Vanessa Parisi
Stéphane Rothen
Ariella Machado
Daniele Zullino
Gerard Calzada

Film analysis

Le trouble délirant dans le film Lars and the real girl

31.10.2018

Lars and the real girl est une comédie dramatique américaine réalisée en 2007 par le Craig Gillespie et tournée au Canada.

Lars and the Real Girl is a 2007 comedy-drama film written by Nancy Oliver and directed by Craig Gillespie.

Trame

Lars and the real girl est une comédie dramatique américaine réalisée en 2007 par le Craig Gillespie et tournée au Canada. Le film met en scène Lars Lindstrom, un homme d’une trentaine d’années, son grand frère et voisin Gus Lindstrom qui habite avec sa femme Karin, sa collègue Margo, sa petite amie Bianca et la doctoresse Dagmar. La mère des frères Lidstrom est décédée lorsque Lars était enfant. Leur père est mort également il y a quelques années. Depuis, Gus et sa femme habitent dans la maison familiale et Lars vit dans le garage attenant. Lars est un individu solitaire, timide, craintif, mais pas méchant. Il refuse systématiquement les invitations de sa belle-sœur et préfère rester seul. Lorsqu’il finit par accepter l’invitation à dîner, Karin est persuadée qu’il y a un problème : Lars ne mange pas et reste très introverti. Elle veut absolument l'aider.

Gus et Karin sont toujours en désaccord quand il s’agit de Lars. Gus n’accepte pas que son frère puisse avoir un problème. Lars annonce un jour au couple qu'il a rencontré une jeune femme, Bianca, et qu'il veut la leur présenter. Il leur explique qu'elle est en fauteuil roulant, qu'elle est danoise et brésilienne et qu'elle travaille dans l'humanitaire. Gus et Karin les invitent tous les deux à dîner et ils sont stupéfaits de découvrir que Bianca est en réalité une poupée gonflable de taille humaine. Ils sont très inquiets puisque Lars ne semble pas s'en rendre compte. Ils décident de l'emmener lui et sa nouvelle petite amie chez le médecin pour une visite de contrôle. La doctoresse Dagmar examine Bianca comme si elle était une personne réelle et indique à Lars que sa petite amie devra revenir faire un examen chaque semaine. La doctoresse explique à Gus et Karin qu'ils ne doivent pas contrarier le délire de Lars et qu'ils doivent jouer le jeu. Gus a du mal à accepter cela, il a peur du regard des autres et de paraître ridicule, mais Karin réussit à le convaincre. Avec l'aide du révérend et d'autres habitants, Karin réussit à intégrer Bianca dans plusieurs activités et la poupée est petit à petit adoptée par toute la ville. Grâce aux nombreuses interactions sociales par le biais de Bianca, Lars va lui aussi nouer des liens et s'ouvrir peu à peu. Il se rapproche de plus en plus de sa nouvelle collègue, Margo, qui manifeste un intérêt à son égard. Lars semble l’apprécier également, mais il explique qu'il ne trompera jamais Bianca. En parallèle, il continue à voir chaque semaine la doctoresse Dagmar pour que Bianca suive son "traitement" et il se confie de plus en plus à elle. Malgré ce traitement l'état de santé de Bianca s'aggrave et Lars la trouve de plus en plus malade. La doctoresse y voit un signe de guérison de Lars. Finalement, Bianca meurt alors qu’ils vienent d’échanger avec Lars leur premier baiser au bord du lac. Toute la ville est présente lors de son enterrement. Lars propose une balade à Margo et il y a lieu de supposer le début d’une histoire d’amour avec une femme en chair et en os. (1)

La psychopathologie

L’histoire est construite autour des manifestations et de la possible résolution d’un délire. Compte tenu de peu d’autres signes de la ligne psychotique, la première hypothèse diagnostique est celle d’un trouble délirant. Notamment, ils manquent des troubles formels de la pensée. La présence d’hallucination et/ou d’illusions reste douteuse. Lars s’adresse régulièrement à sa poupée et semble entendre ses réponses. Pour ce qui concerne le trouble délirant, l'ensemble des cinq critères diagnostiques DSM-5 (2) du trouble délirant sont représentés. Le premier critère (présence d'une idée délirante pendant une durée d’un mois ou plus) est ainsi représenté par la conviction non critiquable que Bianca est une femme réelle. La relation amoureuse (délirée) évolue sur plusieurs mois. Le second critère, l’exclusion d’une schizophrénie, est rempli du fait que Lars ne présente pas de discours désorganisé, de symptômes négatifs ou de comportement catatonique, malgré le sourire un peu niais qui semble plutôt lié à sa timidité. Selon le critère C du DSM-5, il ne devrait pas y avoir d'altération marquée du fonctionnement ni de singularités ou de bizarreries manifestes du comportement. Si l’attitude renfermée et introvertie pouvait éventuellement être considérée comme contraire au critère C, son retrait social et sa retenue expressive étaient présents avant l’apparition du trouble. Le retrait social semble par ailleurs s’estomper à travers le délire, facilitant ainsi l’acceptation du délire par l’entourage.

Le film ne retrace pas des épisodes de manie ou de dépression. La tristesse éprouvée au cours de la maladie de Bianca n’est pas pathologique. Cette tristesse lui permet de faire le deuil d’une partie de soi et de cheminer vers son rétablissement. Pour finir, le personnage ne consomme pas de substance et ne souffre pas d’autres troubles pouvant expliquer la symptomatologie.

Malgré une utilisation du délire à des fins cinématographiques, la sémiologie représentée se rapproche assez bien à celle exigée par le DSM-5 pour le diagnostic de trouble délirant.

Le psychiatre spectateur sera probablement déconcerté par l’idée de la guérison à travers le délire. Cependant, la conceptualisation psychopathologique du délire comme essai du patient à redonner du sens à un vécu étrange et autrement incompréhensible n’est pas nouvelle en soi, elle avait déjà été proposée par exemple par Eugen Bleuler ou Karl Jaspers, pour n’en citer que deux (3, 4). Là où le film déborde la réalité clinique, c’est dans l’idée d’une guérison à travers l’adoption de la logique délirante.

Les représentations sociales

Un des mérites du film est certainement la mise en scène des tensions, des contrastes que l’apparition du fait psychiatrique peut susciter dans l’environnement social d’une personne avec trouble psychotique. Ainsi, le début de la maladie de Lars est difficile à accepter pour son frère qui insiste de le faire soigner dans un cadre fermé. Ceci contraste avec l’attitude plus ouverte, plus à la recherche du lien humain de Karin, et bien évidemment de la doctoresse, qui rend même acceptable la présence du délire. L’engagement de ces femmes facilitera l’acceptation par tout le village. Mrs Gruner, un membre influant du conseil paroissial, rappellera dans une scène centrale que beaucoup de gens souffrent de petites folies et que tout le monde mérite d’être aidé. Ainsi une grande solidarité voit le jour et tout le monde contribue au bien-être de Bianca et de la famille Lindstrom. Cette réaction à la fois généreuse et bienveillante des villageois donne un message clairement déstigmatisant tout en mettant en exergue l’importance du lien social dans le rétablissement des troubles psychiatriques. Bianca est un vecteur social puissant à travers lequel Lars peut, malgré ses difficultés sociales, acquérir des compétences et trouver une place à part entière dans sa communauté. Finalement, le film donne une image plutôt positive de la personne malade, car il ne réduit pas la personne à son trouble mental et montre comment la créativité dans les soins et le soutien social jouent un rôle fondamental pour surpasser les obstacles inhérents à la maladie. Le film met un accent particulier sur l’effet de déstigmatisation à travers la mise en contact entre le stigmatisé et le stigmatisant.

La figure du soignant est représentée par le médecin généraliste du village, Dagmar, qui prend le rôle de psychothérapeute auprès de Lars. Elle est compréhensive et intelligente et endosse le rôle du médecin modèle qui a de l’assurance et qui sait adopter, en toute circonstance, la bonne attitude thérapeutique. À l'écoute des besoins de Lars, elle gagne sa confiance progressivement.

Liens avec d'autres films

Le fait que tous les habitants de la ville jouent la comédie rappelle le fameux film américain The Truman Show. Dans ce film également, tout le monde joue un rôle et manipule la vie non pas d'une poupée, mais d'une personne réelle qui n’en a pas conscience. À l'inverse des personnages de Lars and the real girl, les habitants ne sont pas aussi bien intentionnés et leur délire organisé empêche le héros de sortir du scénario dans lequel il est enfermé.

Conclusion

Lars and the real girl est un film qui mérite d'être vu par des personnes intéressées à la psychiatrie pour plusieurs raisons. D’abord, il montre d’une façon assez complète un trouble qui reste difficile à diagnostiquer même par les médecins spécialistes en psychiatrie. De plus, il complète le tableau clinique avec des aspects humains « non cliniques » du personnage permettant ainsi une identification facile par le spectateur, et évitant par ceci de contribuer à la stigmatisation.

Enfin, il donne une image moins effrayante du système de soins, retracé dans d'autres films traitant de troubles psychiatriques. En effet, il met en avant les qualités empathiques et inventives du médecin qui agit au mieux pour aider son patient et le rôle primordial joué par la communauté. Il souligne l’idée que le rétablissement n’est pas une affaire individuelle, mais bien une affaire sociétale.

Références

1. Lars and the Real Girl (2007) - Plot [Internet]. IMDb. IMDb.com; [cited 2018Mar28]. Available from: http://www.imdb.com/title/tt0805564/synopsis

2. American Psychiatric Association. DSM-5 : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. Washington D.C : American Psychiatric Publishing; 2013.

3. Jaspers K. Allgemeine Psychopathologie. Berlin:Springer-Verlag;1973.

4. Bleuler E. Lehrbuch der Psychiatre. Berlin:Springer-Verlag;1918.

Camille Litzler

Vanessa Parisi

Stéphane Rothen

Ariella Machado

Daniele Zullino

Département de psychiatrie, Université de Genève

Gerard Calzada

Faculté de Médecine de l’Université de Genève

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