access_time published 01.11.2017

Le trouble du spectre de l'autisme dans le film Rain Man

Le trouble du spectre de l'autisme dans le film Rain Man

01.11.2017

Cette comédie dramatique américaine montre la perception de l’autisme dans les années 80 et met plutôt en avant une image stéréotypée de ce trouble.

Rain Man (1988). Screenplay by Barry Morrow, Ronald Bass. Directed by Barry Levinson.

Trame

Au début du film, Charlie Babbitt (Tom Cruise), homme d'affaires pressé et en difficulté financière, apprend le décès de son père. En froid avec ce dernier depuis ses 16 ans, Charlie compte beaucoup sur l'héritage laissé par son défunt père pour se remettre sur pieds. À la lecture du testament, il ne reçoit en héritage que la vieille Buick qu’il convoitait par ailleurs depuis longtemps, alors que la fortune de son père estimée à 3 millions de dollars sera versée à l'Institution psychiatrique Wallbrook au profit d'un bénéficiaire anonyme. Charlie se rend donc à Wallbrook pour découvrir l'heureux bénéficiaire.

Il s'agit de Raymond Babbitt (Dustin Hoffman), son frère aîné, autiste, qu'il appelait Rain Man dans son enfance et dont il avait oublié l'existence. Furieux d’être déshérité, Charlie enlève Raymond dans le but de récupérer la part d’héritage qu’il considère lui revenir. Débute alors un voyage à travers les États-Unis, au cours duquel les deux frères apprennent à se connaître.

Contexte historico-culturel du film et de la psychiatrie

Rain Man est une comédie dramatique américaine datant de 1988. C’est le plus grand succès du réalisateur Barry Levinson, également scénariste, producteur et même acteur avec son apparition à la fin du film (il prend le rôle d’un médecin). Ce film a reçu de nombreuses récompenses dont quatre Oscars.

Rain Man est un film précurseur du thème de l’autisme qui raconte l’histoire touchante des retrouvailles entre deux frères, Charlie et Raymond atteint du trouble du spectre de l’autisme. Il s’agit d’un trouble neuro-développemental décrit pour la première fois en 1943 [1]. Le film sensibilise le public à ce trouble et aux difficultés rencontrées par l’entourage. Le scénariste du film, Barry Morrow, fait d’ailleurs partie de plusieurs associations en lien avec le handicap mental. Pour adapter le personnage de Raymond, il a rencontré plusieurs personnes atteintes du trouble du spectre de l’autisme, dont Kim Peek (†) qui était probablement atteint du syndrome du spectre de l’autisme et qui avait une mémoire exceptionnelle. 

Cependant, le film met également en avant une image stéréotypée de l’autisme. Raymond possède des capacités intellectuelles élevées mais très spécifiques et semble donc totalement dépendant. Pourtant cela ne représente qu’une minorité des personnes atteintes du trouble du spectre de l’autisme. Cette description est donc réductrice et non représentative du trouble de manière générale.

La psychopathologie

Dans le film, Raymond est diagnostiqué avec un trouble du spectre de l’autisme. Dans le DSM-5, ce trouble regroupe le trouble autistique, le syndrome d'Asperger et le trouble envahissant du développement. Il est caractérisé par un déficit de la communication et des interactions sociales, ainsi que des modes limités et répétitifs de comportements, d’intérêts et d’activités. La plupart des personnes atteintes du trouble du spectre de l’autisme sont reconnues comme ayant un handicap qui “occasionne un retentissement cliniquement significatif en termes de fonctionnement actuel social, professionnel ou dans d’autres domaines importants” [2] et sont généralement dépendantes.

Le diagnostic du trouble du spectre de l’autisme, dans le cas de Raymond, est spécifié sans déficit intellectuel associé étant donné qu’il présente des caractéristiques intellectuelles élevées avec une mémoire largement supérieure à la moyenne, comme le montre la mémorisation du bottin téléphonique ou l’énumération de tous les accidents d’avion des différentes compagnies aériennes avec des détails précis. Raymond a également des capacités de calcul incroyables qui lui permettent notamment de gagner aisément au casino. On remarque par contre qu’il n’a aucune notion de la valeur de l’argent.

Le trouble du spectre de l’autisme est présenté dans le film de manière plutôt réaliste. On retrouve très clairement le critère diagnostique « A » du DSM-5, avec un déficit marqué de la communication et du maintien des relations. En effet, Raymond ne s’adresse jamais directement à la personne avec laquelle il communique, mais s’exprime avec des phrases courtes et décontextualisées. Il a de la difficulté à maintenir une conversation, comme on le voit à plusieurs reprises dans le film lorsque, par exemple, il s’en va au milieu d’un échange avec son frère. Raymond a également un discours répétitif qui résulte d’une incapacité à la conversation bidirectionnelle.

De plus, Raymond exprime un comportement non verbal tout à fait hors norme avec des mouvements stéréotypés de balancements du corps. Il révèle également une peur intense du contact physique avec quiconque. Par exemple, lorsque Charlie lui touche l’épaule ou qu’il le prend par la nuque, cela provoque des sursauts et des cris intenses chez Raymond. Le dernier élément est le regard évitant et inexpressif de Raymond pendant l'entièreté du film et avec toutes les personnes en interaction avec lui.

Le critère diagnostique «B» du DSM-5 est également représenté dans le film par des comportements restreints et répétitifs comme en témoignent le langage de Raymond et le fait qu’il se rattache uniquement à ce qu’il connaît. Ses journées sont construites à partir d’activités habituelles, on observe notamment un côté psychorigide : il range ses affaires de manière précise, ne mange qu’avec des cure-dents ou dépose toujours ses pantoufles au pied de son lit.

De plus, les horaires de repas ainsi que le menu propre à chaque jour de la semaine, sont des éléments incontournables et rassurants pour Raymond qui a une intolérance au changement avec comme conséquences des crises manifestées par des cris et une difficulté à se calmer. On voit donc que Raymond a très peu de capacités d’adaptation.

Le film représente tous les critères du trouble du spectre de l’autisme de manière plutôt réaliste, cependant, le personnage de Raymond n’est pas représentatif de tous les autistes étant donné que seule une minorité d’entre eux présente des capacités intellectuelles élevées. Il s’agit donc d’un support d'enseignement intéressant avec la réserve de ne pas faire de généralisation entre autisme et capacités intellectuelles largement au-dessus de la norme.

Les représentations sociales

La maladie et les patients psychiatriques

Le trouble du spectre de l’autisme est de manière générale bien représenté dans ce film. Il faut néanmoins souligner l’utilisation de certains stéréotypes nuisant à l’image de ce trouble.

Raymond est un personnage touchant qui amène le public à ressentir de la compassion pour lui lorsqu’il se retrouve confronté à ses limitations sociales. Cependant, il est ridiculisé par rapport à ses capacités mathématiques, il passe pour un génie mal adapté à la société, capable de réaliser des calculs complexes en quelques secondes, mais à qui la notion d’argent échappe totalement. Le Dr Bruner dit d’ailleurs que Raymond est un « savant autiste ». On comprend que la pathologie est, à cette époque, peu étudiée, ce qui éveille une grande curiosité chez les soignants et qui, désireux d’étudier le trouble lorsque l’occasion se présente, considèrent parfois les autistes plutôt comme des sujets d’étude.

L’autisme handicape Raymond dans son interaction avec les autres et constitue un obstacle étonnant dans certaines situations ordinaires. Charlie s’énerve tout au long du film face aux limitations de Raymond, qui lui semblent totalement absurdes. Il est désemparé et incompréhensif face à ce trouble. Le film met l’accent sur la difficulté pour les proches d’accepter et de gérer un trouble autistique. Charlie aide le public à interagir avec Raymond et à éprouver de la compassion envers celui-ci et ses limitations quotidiennes.

Les crises de Raymond ne sont pas très réalistes, sans doute pour les besoins esthétiques du film. En effet, il ne réagit parfois pas vraiment alors qu’on le touche ou bien ses crises prennent fin trop rapidement. De plus, il fait des progrès comportementaux spectaculaires en seulement trois jours, chose inimaginable dans la vie réelle. Raymond tient également un rôle de soignant envers son frère. Charlie retrouve un côté plus humain, plus calme et découvre de nouvelles valeurs. « Rain Man » est donc très romancé et se sert de stéréotypes, mais il reste un bon support d’étude du trouble du spectre de l’autisme.

Le système psychiatrique et les soignants

Au début du film, Charlie et Susanna se rendent à l’institution psychiatrique Wallbrook où vit Raymond. Ce lieu de placement est tout à fait stéréotypé. À leur arrivée, Charlie et sa copine croisent plusieurs résidents avec divers troubles : ils semblent tous très sévèrement atteints et incapables d’interaction ou possèdent très peu d’autonomie. Les patients sont infantilisés et peu stimulés. Ce passage du film donne une image négative et stigmatisante de l’institut psychiatrique asilaire de l'époque.

Vern, un soignant particulièrement proche de Raymond, connaît ses déficits comportementaux, mais ne semble pas l’aider à évoluer dans son quotidien. Il commente simplement son comportement et sert plutôt de garde-malade ayant néanmoins une bonne relation. Raymond ne semble pas être encouragé à utiliser ses capacités intellectuelles et ne bénéficie d’aucune approche psychothérapeutique qui lui permettrait d’améliorer ses difficultés sociales.

Le Dr Bruner tient un rôle de pouvoir, tant au niveau de l’information qu’au niveau de l’argent qu’il a touché après le décès du père de Charlie et Raymond. Il emploie le jargon médical et se présente en position de supériorité par rapport à Charlie. Il donne une image négative et dégradante de Raymond, il fait comprendre que Raymond est très limité et doit rester enfermé “pour son bien”.

Pendant leur périple, Charlie est débordé par le trouble de Raymond et l’emmène voir un médecin dans une petite ville. Ce médecin n’est pas psychiatre et connaît très peu l’autisme. Cela illustre bien le fait qu’on ne savait pas beaucoup de choses à ce sujet dans les années 80. Il tient d’ailleurs à faire une sorte d’évaluation des capacités mathématiques de Raymond. Le médecin montre une curiosité particulière qu’éprouvait le monde scientifique et la population générale à l’époque [3]. Raymond devient un sujet de laboratoire pendant quelques minutes, ce qui est plutôt dégradant pour l’image du trouble autistique. De plus, ce médecin pense que les autistes de manière générale sont totalement incapables de communiquer ou d’avoir la moindre autonomie, une pensée fausse et pourtant partagée par la plupart des gens à cette époque. En effet l’autisme est décrit dans le DSM II sous « schizophrénie infantile » [4]. À nouveau, le film se permet souvent de faire des généralités qui ne sont pas valables. Ceci est certainement dû au manque de connaissances au sujet du trouble autistique dans les années 1980.

Liens avec d’autres médias

Le livre «the curious incident of the dog in the nighttime» [5] raconte le périple de Christopher Boone, un adolescent atteint du trouble du spectre de l’autisme qui se lance en quête de sa mère disparue il y a des années. Un peu comme Raymond qui se retrouve à voyager à travers les États-Unis à cause de son frère, le personnage de ce livre se voit obligé de voyager seul dans son pays pour arriver jusque chez sa mère. Ces deux personnages autistes sont donc confrontés à leurs limitations, mais se voient forcés d’y faire face lors d’une sorte de voyage initiatique qui leur permettra de progresser.

Conclusion

Rain Man donne une bonne idée du trouble du spectre de l’autisme et illustre particulièrement les réactions à une époque peu familiarisée avec ce trouble. Le film donne, cependant, une image stéréotypée et généralisée même s’il représente tous les critères psychopathologiques du trouble. Le public parvient à imaginer le vécu d’une personne atteinte d’un trouble autistique et saisit les enjeux liés.

Ce film montre bien les épreuves de l’entourage de personnes autistes. En effet, tout au long du film, Charlie s’énerve violemment et pense parfois que son frère se fiche de lui et fait exprès. Ce trouble est véritablement déroutant pour l’entourage, car il n’arrive pas à comprendre les blocages quotidiens que l’autiste vit, souvent à propos de détails.

Quant au système de soin et des psychiatres, le film donne une image négative et stéréotypée de l’institut psychiatrique, avec des patients infantilisés et peu stimulés, ce qui ne fait qu’augmenter la vision stigmatisante de la psychiatrie.

Malgré les défauts, le film est agréable à regarder, avec une trame construite et un jeu d’acteur plutôt bon. Le jeu de Dustin Hoffman n’est pas parfaitement réaliste, mais cela est sûrement aussi lié aux directives qu’il a reçues pour interpréter un personnage autiste.

Liste bibliographique

1. Kanner L. Journal of autism and childhood schizophrenia. J Autism Dev Disord. 1971; 1(9): 1-10.

2. American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders: DSM-5. Washington, D.C: American Psychiatric Association; 2013.

3. Bemben L. L’autisme: Aspects descriptifs et historiques. Repères théoriques [Internet]. 2014 [cité 1. Novembre 2017]. Disponible à bit.ly/2lCkXFu.

4. American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders: DSM-II. Washington, D.C: American Psychiatric Publishing; 1968.

5. Mark Haddon. The Curious incident of the dog in the night-time. London: Vintage; 2004.

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