access_time published 05.09.2018

Le trouble obsessionnel compulsif dans le film As good as it gets

Alban Glangetas
Daniele Zullino
Gerard Calzada

Le trouble obsessionnel compulsif dans le film As good as it gets

05.09.2018

Une représentation partagée entre la volonté de réalisme et la nécessité scénaristique risque de tomber dans la stigmatisation du personnage atteint.

As good as it gets (1997). Written by Mark Andrus and James L. Brooks. Directed by James L. Brooks.

Trame

C’est en 1997 que le film ‘ As Good As It Gets’ – traduit dans les pays francophones par le titre ‘Pour le Pire et pour le Meilleur’ – reçut deux oscars pour les prestations de ses deux acteurs principaux. Ce film retrace l’histoire d’amour entre Melvin Udall (Jack Nicholson), un écrivain extrêmement cynique souffrant de troubles anxieux ; et de Carol Connely, la serveuse du restaurant où celui-ci a ses habitudes. Le film fut un grand succès, commercial et critique. Jack Nicholson sera salué de façon presque totalement unanime pour le rôle de cette personne atteinte du trouble obsessionnel compulsif (TOC) [1].

La psychopathologie

Selon les versions les plus récentes du DSM, les troubles obsessionnels compulsifs désignent la présence chez un individu d’obsessions et/ou de compulsions. Celles-ci sont à l’origine d’un sentiment marqué de détresse et d’une perte de temps considérable, et interfèrent de façon significative avec les activités quotidiennes du sujet, son rendement professionnel, ou ses activités/relations sociales habituelles.

Conformément à cette définition, le personnage de Melvin Udall satisfait à tous les TOC, de nombreux passages du film le montrent en exprimant des obsessions importantes et en manifestant des compulsions envahissantes.

À titre d’exemple, il présente des obsessions et des compulsions pour la propreté, illustrées dans le film à plusieurs reprises par le port de gants qu’il a l’habitude de fréquemment changer, rituel que le spectateur découvre dès la première scène du film. Il refuse d’être touché et se lave plusieurs fois les mains, avec des savons différents, allant jusqu’à utiliser de l’eau bouillante. Aussi, il manifeste des obsessions et compulsions pour l’ordre, son appartement étant toujours parfaitement rangé et soigné. De manière presque caricaturale, il investit passablement de temps pour la préparation extrêmement minutieuse de sa valise.

Parmi les compulsions, on peut par ailleurs observer le rituel de fermeture de la porte : compter 5 fois en fermant les verrous et en actionnant un interrupteur. Il ne marche pas sur les lignes au sol, il insiste sur la même place au restaurant, servi par la même serveuse, se racle la gorge à chaque fois avant de prendre le téléphone, etc [2, 3].

S’il fallait douter de son TOC, ce serait à cause du critère de détresse, peu présent durant le film. Un des rares moments de souffrance est peut-être la scène dans laquelle Melvin, paniqué, vient demander de l’aide à son psychiatre.

Il présente ainsi bien quelques dérangements au niveau relationnel et ses compulsions peuvent interférer avec certaines activités quotidiennes, mais son rendement professionnel ne semble pas beaucoup en souffrir au vu des 62 Best-Sellers qu’il aurait déjà réussi à publier.

Les représentations sociales

Il s’agit d’un film qui peut facilement provoquer un débat quant à ses aspects stigmatisants.

D’un côté, le personnage principal présente régulièrement des comportements odieux, se montrant entre autres misogyne, raciste et homophobe, donnant globalement l’image d’un personnage asocial, traits de caractère que le spectateur profane pourrait facilement comprendre comme faisant partie du trouble. Le panachage de manifestations du TOC avec des traits de personnalité misanthrope irritable risque ainsi de causer un amalgame et de donner un message fortement stigmatisant.

D’un autre côté, Melvin Udall, en bon stéréotype hollywoodien, est une sorte de héros cynique qui souffre d’une maladie psychique, mais qui réussit à avoir son « happy end » malgré cette maladie. Melvin finit par séduire la jolie fille malgré les péripéties, est plus tendre qu’il n’y paraît avec une sorte de mélange d’antipathie et de sensibilité, aide son voisin quand celui-ci se trouve en difficulté et, enfin et surtout, est un personnage drôle et très attachant [4].  

La représentation des soignants et du système de soins se limite à une courte scène où Melvin consulte son psychiatre. Celui-ci est dépeint de façon assez dure comme personne égoïste, désintéressée de son métier et de ses patients sans aucune patience ni pédagogie. Quand Melvin entre par surprise dans son bureau et lui explique son problème, il est seul, sans aucun patient, en train de jouer sur une sorte de petit jeu d’échecs électronique qu’il n’arrête pas malgré la présence de Melvin. Il se refuse d’écouter la plainte de Melvin et lui exige de partir sans lui donner aucune explication.

À la fin du film, l’amélioration du trouble de Melvin semble être due principalement au soutien de Carol et Simon, et non à l’action du psychiatre qui apparaît non seulement comme quelqu’un d’inutile, mais surtout comme un personnage irritant et encombrant.

Conclusions

As Good as it Gets est un film qui, par sa dramaturgie et mise en scène typiquement hollywoodienne, est agréable à voir. Si la présentation de la sémiologie du TOC est assez bien illustrée, le panachage des symptômes/signes du trouble avec des traits asociaux du protagoniste risque de rendre moins claire la présentation du trouble et de participer à la stigmatisation. Au vu des qualités et des inconvénients décrits, ce film mériterait un visionnage critique avec un débat bien préparé plutôt qu’une projection publique, ce qui permettrait de nuancer le personnage et d’éviter de tomber dans sa stigmatisation [5].

Références:

  1. Brooks, J.L (1998) As Good as It Gets. Jack Nicholson, Helen Hunt, Greg Kinnear. Tristar Pictures.
  2. Wolz B. Diagnosis in psychotherapy - Portrayed in a Movie [Internet]. As good as It Gets (cited 2018 apr 8). Available from : www.cinematherapy.com/birgitarticles/as-good-as-it-gets.html
  3. Snell S. OCD Case Study : As Good As It Gets [Internet]. As Good as It Gets (cited 2018 apr 8). Available from : prezi.com/c9je12embun-/ocd-case-study-as-good-as-it-gets/
  4. Steven H. Hyler, MD. Psychiatrist Times – Stigma Continues in Hollywood [Internet]. June, 1 2003 (cited apr 8 2018). Available from : www.psychiatrictimes.com/articles/stigma-continues-hollywood/page/0/2
  5. Dinesh Bhugra. Teaching Psychiatry Through Cinema [Internet]. Psychiatric Bulletin (2003), 27, 429^430 (cited apr 8 2018). Available from : pb.rcpsych.org/content/27/11/429

Alban Glangetas

Daniele Zullino

Département de psychiatrie, Université de Genève

Gerard Calzada

Faculté de Médecine de l’Université de Genève

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